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Il y avoit néanmoins alors un comte à Lyon ; mais iln’étoit que le second seigneur ; car en cette ville, 8c dansles autres de son voisinage, les évêques étoient les pre-miers seigneurs , les comtes n’ayant en ce teins - là quefort peu, ou point d'autorité, dans les cités épiscopales.
11 y eut de grands différends entre les archevêques deLyon & les comtes de Lyonnois , pour la juridiction ;fur quoi le pape Alexandre III fit faire ún accommode-ment , l’an 1167, entre Guichard , alors archevêque deLyon, 8c Gui, comte de Lyonnois. Par cet accommo-ment, on régla les limites de la ciré de Lyon , dont la pro-priété avoit été confirmée, l’an 1157, à l’archevêque Hé-raclius, par Frédéric Barberousse. Cet empereur avoitdéclaré que tous les droits de réghle , ou les droits réga-liens , jura regalia , lesquels font différeras des droits derégale , appartenoient à l’archevêque de Lyon , dans sonarchevêché , où il ne reconnoiffoit aucun supérieur autemporel, que l’empereur ; enfin le comte de Forez quitta,pour toujours , à l’archevêque Guichard , l’an 1173 , lecomté de Lyonnois ; & les comtes de Forez, qui avoientreçu une récompense pour le comté de Lyonnois, n’enprirent plus le titre.
Cet accord fut confirmé par le pape Lucius III, l’an1180, 6c même par Philippe- Auguste, roi de France,que le comte de Forez reconnoiffoit alors pour souverain6c seigneur féodal.
II n’en étoît pas de même des archevêques de Lyon ,qui reconnoiffoient dans le même tems les empereurs ,puisque l’archevêque Jean de Bellesinains fit hommage deson temporel à l’empereur Frédéric Barberousse , l’an1184. Ces prélats avoient un grand nombre de vassauxau-delà de la Saône 6c au-deçà du Rhône , 6c ils étoientseigneurs suzerains d’Annonay 6c d’Argentai, qui sont furles confins du Vivarais, du Lyonnois , & dans le diocèsede Vienne. Ces seigneuries étoient possédées , l’an 1232,par André de Bourgogne, dauphin de Viennois,, qui enfit hommage à Robert d’Auvergne, archevêque de Lyon.Le dauphin avoit, à cause de ces seigneuries , une place dechanoine honoraire dans le chapitre de S. Jean ; il voulutconserver cethonneur à perpétuité aux dauphins, (es succes-seurs , en unissant pour toujours les mêmes baronnies aucomté d’Albon; ce qui néanmoins ne fut pas suivi. LeDauphine, le Viennois 6c le comté d’Albon passerent dela maison de Bourgogne àcelledelaTour-du-Pin ; 6í la sei-gneurie d’Annonay vint aux seigneurs de Villars en Bresse,dont les seigneurs de Lé vis, depuis ducs deV entadour, hé-ritèrent. Dans le treizième siécle, qui est celui où vivoitl’archevêque Robert d’Auvergne, l’empereur Frédéric IIayant été excommunié 6c déposé, le pouvoir impérialdemeura anéanti à Lyon, 8c dans une partie du royaumed’Arles. Les habitans de la ville de Lyon s’étant mis enpleine liberté , contraignirent l’archevêque d’implorer laprotection des rois de France , S. Louis, Philippe leHardi, 8c Philippe le Bel. Le dernier voulut avoir la sou-veraineté de Lyon , qui, comme on a vu , avoit encoreappartenu aux derniers rois de la seconde race. II y trouvade grandes oppositions de la part du pape Boni face VU!,6c de l’archevêque Beraud de Goût ; 6c quoique Henride Villars, qui succéda à Beraud, fît serment de fidélitéau roi , ce différend , qui fit grand bruit, dura jusqu’àFan 1305. Ce fut alors que Louis de Villars, archevêque deLyon , se mit sous la garde 8c la protection de Philippe leBel. Ce prélat reconnut même la souveraineté du roi, àla charge que les causes d’appel de la justice de l’arche-vêque ne seroient portées que devant le roi ou à son par-lement ; .on convint que le gardien qui seroit établi à l’a-venir dans la ville de Lyon, par le roi, seroit changé tousles ans ; 6c l’archevêque s’obligea de faire serment de fi-délité aux rois de France. Cet accord fut ratifié par Phi-lippe le Bel, qui en donna des lettres authentiques, l’an1307; 6c dans le même tems il érigea la seigneurie deLyon , qui n’étoit qu’une baronnie, en comté qu’il laissa,avec la justice , à l’archevêque 6c au chapitre de S. Jean ;c’est-là í’origine du titre de comtes de Lyon , que prennentles chanoines de cette église.
Les habitans de Lyon , qui n’aimoient pas ces seigneursecclésiastiques, s’oppoferent à cet accord. 11 y avoit mêmedes gens d’église , 6c fur-tout des abbés qui s’en plai-gnoient ; de sorte que le roi Philippe le Bel passant àLyon, l’an 1312, fut obligé de donner une déclaration enfaveur des abbés d’Ainai, de l’Isle-Barbe 6c de Savigny,
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& des nobles du pays, fans néanmoins vouloir romprel’accord de l’an 1307 , pour ce qui regardoit la ville deLyon. Dans le même tems, Philippe de Savoye, arche-vêque de Lyon , échangea la seigneurie 6c la justice decette ville avec le roi, qui lui donna un équivalent ; cequi sut confimé par Louis Hutin , l’an 1315.
Philippe le Long, írere 6c successeur de Louis, pressépar le pape Jean XXII, remit cette seigneurie 6c la jus-tice de Lyon aux archevêques , à la charge qu’ils la tien-droient sous la souveraineté des rois de France.
II y avoit toujours, nonobstant cela, à Lyon un gardienroyal, dont l’archevêque, Pierre de Savoye , se plaignità Philippe de Valois ; ce qui ne servit de rien à ce préìaf,ayant été débouté de fa demande, par arrêt de la cour,rendu au mois de Juillet, l’an 132,8.
Cinq ans après , le comte palatin , Henri , s’engageade faire céder par tout l’empire le droit que les empereursavoient fur la ville, l’église, les régales 6c le territoirede Lyon, en cas qu’il fût élu roi des Romains ; ce qui n’eutaucune éxécution; car cette élection ne fut pas faite ; matsdepuis ce tems-là , les empereurs n’ont plus soutenu leursprétentions fur Lyon.
Le roi Charles VI avoit alors des juges dans la ville deLyon, qui y furent maintenus contre les poursuites de l’arche-vêque Philippe de Turrey, par arrêt du conseil, rendul’an 1394. Les différends ont été fréquens entre les officiersroyaux 6c les archevêques ; ceux-ci ont cependant con-servé la seigneurie 6c justice de leur ville, jusqu’à l’an 1 563*Sous le régne de Charles IX, Antoine d’Âlbon, étantarchevêque de Lyon, on fit en France une grande alié-nation du temporel de l’égli se , à cause des guerres civi-les ; le droit de justice, que l’archevêque avoit à Lyon, futexposé en vente, 6c adjugé au roi, dernier enchérisseur ;depuis ce tems, toute la justice a été entre les mains desofficiers du roi, dans la ville de Lyon , où Henri II avoitétabli un préíidial, dès l’am 5 5 1 • Les anciens juges royaux,ou gardiens de Lyon, étoient subordonnés au baillisdeMâ-con , qui étendoit sa juridiction, pour les cas royaux,fur le Lyonnois, 8c les autres pays limitrophes du Maçon*nois, dès' le tems de Philippe le Bel, 5 c des rois ses eli-sons. Sous Philippe de Valois, l’an 1334, y ayant eu uneguerre entre les habitans de Lyon 6c ceux de Vienne,le baillis de Maçon protégea les Lyonnois. Philippe de Va-lois s’empara de Sainte Colombe, bourgade située vis-à-vis de Vienne, fur le bord occidental du Rhône ; 6c lemême roi , en cette année , unit à fa couronne celieu - là avec tout le territoire qui étoit du même côté ,6c qui relevois de Vienne pour le temporel 6c le spirituel ;ce que ce prince fit sans opposition , parce quil avoitattiré dans son parti Bertrand de la Chapelle , archevê-que de Vienne ; il contenta les habitans de la ville, enleur accordant quelques franchises ; c’est depuis ce tems-là , que ce qui est 'à l’occident du Rhône, fut censé Fran-çois ; car, quoique les officiers royaux, long-tems aupa-ravant , eussent soutenu que le Rhône appartenoit à laFrance, on n’en avoit pu jouir entièrement.
Pour revenir à Lyon, il fut fondé d’abord fur la mon-tagne où est Forvières. Peu après la ville s’aggrandit lelong des collines , 6c fur le bord de la Saône , la situationde ces quartiers étant plus commode pour le commerce ;mais dans Fespace , qui est entre le Saône 6c le Rhône ,il n’y avoit que des prairies 6c des jardins.
Lyon devint bientôt une ville des plus florissantes. Sasituation avantageuse la rendit l’entrepôt d’un très-grandcommerce. II n’y eut rien de plus célébré dans les Gaules ,après que les Romains les eurent conquises, que ce tem-ple , que soixante peuples des Gaules firent bâtir à Lyon,en l’honneur de la ville de Rome Sc d’Auguste. Ces peu-ples donnerent autant de statues , avec leurs inscriptions,pour orner l’autel qu’ils y avoient soif ériger à ce prince.
Lorsque Caligula eut reçu à Lyon l’honneur de sontroisième consulat, il établit dans cette ville toutes sortesde jeux, 6c cette fameuíe académie, qui s’assembloit de-vant l’autel d’Auguste , où. les plus excellens orateurs al-loient disputer le prix de l’éloquence , 6c se soumettoientà la rigueur des loix que le fondateur avoir établies. Cetemple 6c cet autel étoient dans l’endroit où est l'abbayed’Aisnai, qu’on a ainsi appellée d ’Athctnaum , nom quel’on donnoit à cette académie. Dans Grégoire de Tours ,lìb.deGloriâ Martyr, c. 49, ce heu estnomm éAthanacumíkAthenacu/n ; 6c d’autres écrivent Atanatum. Voyez Aï-