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infinité de colonnes , fur lesquelles on avoit applique plu-sieurs emblèmes en caractères chinois. A quelque distancede là éroìr une table en forme d’autel, couverte d or, & par-semée de diverses fleurs, accompagnées de parfums exquisqui brûloient incessamment. On avoit élevé sur cette tableun trône impérial, fait d’or pur Sc d’yvoire. Le manteauroyal fait d’un ouvrage extrêmement curieux , y parois-soit étendu jusque sur le plancher , Sc la couronne écoitdessus.
Toutes.ces choses étant disposées de la forte, trente millehommes en habit de deuil sortirent du palais du prince, cinqà cinq, la nuit du 2,9 de décembre, Sc marchèrent en cet or-dre, les uns avec le mousqueton, les autres avec la lance furf'épaule. Lorsqu’ds furent arrivés à la nouvelle ville , ils fedivisèrent en autant d escadrons qu’il en fut besoin pour l’in-vestir ; Sc si tôt que le jour parut, le prince avec ses quatrefreres, après avoir été reçu fous vingt-quatre dais de richesétoffes d’or & de foie, passa fur un pont qui s’étendoit de-puis le palais jusqu’à la plage de l’ifle. Tous les mandarinsde la famille royale, tous les eunuques, les reines Sc les da-tties du palais , avec une escorte de quatre mille soldats desgardes, ayant tous des espadons dont les poignées etoicntd’argent, accompagnèrent le prince & ses freres. Il n eutpas plutôt commencé à Rapprocher de la principale tour,que ses freres Sc ses mandarins fe mirèrent par respect,formant comme deux ailes en demi-cercle pour lui ouvrir Jepassage. Le prince s’éiant avancé au milieu des gardes, tousdans un profond silence , alla heurter â la porte, pendantqu’un jeune homme disoit, en chantant d’une façon triste,au seigneur de cette tour, qu’il supposoit y être enfermé ,que le bruit couroit qu’un roi très-puiflant ayant quitté cettevie pour aller jouir de l’immortalité en l'autre, étoit commesolitaire dans un pays étranger , fans soldats qui le gardas-sent , fans chevaux, ni éléphans pour fe défendre, fanséquipages pour garder son rang , Sc sans palais où il pût feretirer ; que la réputation de ce superbe édifice les avoit at-tirés pour en traiter, Sc que s’il vouloir consentir à s’en dé-faire , on étoit prêt à lui donner tout ce qu’il demanderoit.La chanson finie , celui qui étoit dans cette tour, répondu :Que la ville ayant été bâtie pour le grand roi dont on lui par-loir , il confentoit qu’elle fût vendue, si les trois autres qui ydemeuroient avec lui, en vouloient tomber d’accord. Alorsle prince & ses freres fe rendirent aux trois autres portes ,qui étoient à l’orient, au midi Sc au couchant, & les mêmescérémonies ayant été observées, on remit la place au pou-voir du prince , qui fe rendit au palais au bruit du canon Scde la mousqueterie. La grande porte de la cour lui ayantété ouverte, il entra dans la sale des cérémonies où l’on de-voir faire les obsèques , Sc où ayant pris place au milieude deux de fes conseillers, il entendit la lecture que l’on yfit de la vie & des grandes actions du feu roi son pere ; pen-dant ce tems il fe tenoit à genoux. Le prince Sc ses freress’étant acquittés de tous leurs devoir de piété envers le feuroi, aux fanfares des trompettes Sc au bruit confus destambours, des fifres & des bassins, les mandarins du sang,nombre de quatre mille, couchés par terre , Sc accom-pagnés de six cents autres mandarins qualifiés, s’acquitte-f ent à leur tour , de leurs devoirs : le prince ne put rentreren son palais qu’entre une heure Sc deux après midi, à causeàs ambassadeurs des rois de Bao, Sc de Ciuanghe Sc1 A va > qui, avec de riches p té sens d’or, d’argent Sc de cire,mi vinrent faire des complimens de condoléance de la partleurs maîtres, comme tributaires du feu roi. On mit en-suite le feu à cette ville, parce que les Tunquinois font per-suadés qu’on ne restitue en cette vie que ce qui a été réduitcendres. Le prince distribua áux soldats qui étoient fousles armes, une partie de l’or, de l’argent Sc des étoffes pré-c }euses que le feu ne put détruire ; il donna l’autre à fes cour-ons , & l a troisième à de pauvres officiers. On tient queÇs frais de cette pompe funebre montèrent a plus d’un mil-hon d’or.
La pl lls sole-mnelle des fêtes qu’obfervent les Tunqui-^o>s, est celle qu’ils nomment de la nouvelle annee . Sur le, 0,r du dernier jour qui finit la précédente , chacun plantee vant fa maison une longue perche, au haut de laquèlleilsat . ta chent un petit papier qu’ils ornent tout a 1 entour de pa-0t< ^, persuadés que ce papier aura la vertu d’éloignerv^ll ^ tn ° ns de leurs maisons. Après minuit, lorsque la nou-r e at mée commence, ilsfont obligés d’ouvrir leurs portes,ans 5 u °i ils croiroient insulter les morts , qui, disent-ils,
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retournent dans ce tems-là dans les maisons ; on leur préparedes lits, & on couvre le plancher d’une belle natte de jonc.Alors comme il leur paroît que les morts font long-tems àvenir, ils supposent qu’ils font arrivés invisiblement, ce quiles oblige à leur en marquer leur joie; pour cela ils allumentdes cierges fflr un autel qu’ils ont chez eux ; ils y brûlent despastilles Sc leur font de profondes révérences, les-priant deíe souvenir d eux dans cette nouvelle année, Sc de leur ob-tenir de leurs dieux les forces, la santé & une longue vieaccompagnée de prospérité. Les trois jours fuivans on nenettoie point la maison, quelque sale qu’elle soit, de peurd’élever de la poussière dans un lieu où leurs morts fontleur séjour. Pour voir quelque chose de plus curieux, il fautêtre à la cour en ce tems-là ; on y entend des quatre coinsde la ville Sc des lieux voisins , la décharge de trois piècesde canon dès le matin du premier jour de Tannée. A ce bruitle roi va fe laver dans de seau fraîche, Sc fe rend vêtu d’unhabit superbe dans la sale d’audience , où il fe place fur sontrône. Chacun , selon son rang , lui vient souhaiter uneheureuse année ; il va ensuite dans des chambres reculées,où la reine , fa principale femme , accompagnée des au-tres , vient à genoux lui faire fes complimens ; cela est suivides sacrifices qu’il offre en pleine campagne avec fes gardesSc toute fa cour. Un des principaux sacrifices consiste en unetasse de vin qu’il présente aux dieux avec beaucoup de res-pect , Sc qu’il boit ensuite. En même tems les mandarins delettres lisent dans des livres remplis de prières superstitieu-ses , pour demander qu’en chacune des quatre saisons deTannée, le ciel daigne les favoriser de ses meilleures influen-ces. Le roi fait aussi quelques oraisons en particulier, aprèslesquelles, comme s’il prenoit congé du ciel, il lui fait uneprofonde révérence ; Sc afin que la terre naît pas sujet de seplaindre, il prend une charrue bien dorée qu’on lui met en-tre les mains. Après avoir fait quelques fistons, il la prie deíe souvenir, comme mere bienfaisante, d’ètre libérale àson égard , Sc de porter à une grande récolte les semencesqui lui feront confiées. Cependant le temple est rempli toucà Tentour de cierges Sc de flambeaux allumés, avec quan-tité de parfums très-agréables , contre la mauvaise odeurd’une infinité de papier doré que les bonzes réduisent encendres , Sc qu’ils considèrent comme autant de cellulespour Tautre vie. Ce font eux qui finillènt les divartiífemensdu commencement de Tannée par une nombreuse proces-sion. Leur chef y assiste avec un habit modeste qui lui estparticulier, Sc ordinairement d’une couleur noire, mais foreéclatante. Il est porté, la mitre en tête , dans un trône , furles épaules de quelques-uns de ses domestiques, revêtus defes livrées. Les bonzes le suivent vêtus de leurs plus beauxhabits. La veille de cette procession , une troupe fort nom-breuse de gens armés se rend dans uíie spacieuse plaine, oùelle demeure jusqu a la fin des sacrifices. On y éleve desautels en différens endroits, à T honneur des anciens capi-taines qui font morts pour la patrie ; Sc dès les matin dudernier jour de Tannée, on y envoye tous les animaux qu’ona engraissés pour les immoler. Les bonzes suivent deux àdeux, accompagnés des mandarins magnifiquement vêtus&'montés fur des chevaux , ou fur des éléphans, avec legrand-prêtre , général des bonzes. Le roi assiste lui même acette cérémonie , Sc après quatre révérences qu il fà au *âmes des capitaines morts pour la défense du pays, il prendun arc Sc cinq flèches qu’il décoche contre les princes dé-funts de la famille de Nliac, qui, autrefois, usurpèrent Ucouronne ; après quoi or^commence à sacrifier fur tous cesautels, qu’on parfume de différentes odeurs, a 1 honneur deces fameux capitaines, les conjurant de vouloir erre leursprotecteurs, Sc de les défendre dans 1 occasion . Ces prièresfont suivies du bruit de Tartillerie, âpres quoi la moufque-terie íe fait entendre jusqu’à trois fois. Les autres mois deTannée ont aussi lents fêtes, toutes accompagnées de fe-stins. . r
TUNTOBRIGA , ville de 1 Espagne Tarragonnoise.Ptolomée , /. 2. , c. 6, la donne aux Callaïques Braca-riens ; Sc Ton croit que c’est aujourd’hui le village de B ar-gua de Regoa , dans la province de Tra-los-Montes en Por-tugal.
TUNTZDORF, beau bourg d’Allemagne , dans fa Sua-be , à une heure Sc demie de Geiflingen ; la motié de ce lieuappartient à la famille de Rechberg , Sc Tautre moitié avecle château à celle de Wernau. * Zeyler , Topogr. Suev.
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