AUX TABLEAUX HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION. nmillion par an. On y trouve encore un don de 1,200,000 livres, fait à M. de Polignac,en récompense de ses services, et un don de 44 livres 4 sous, à Jean-René Hamel,sergent au régiment de Flandre, pour avoir, par sa valeur, contribué à la prise dud’Uderstalt.
MM. de Calonne et Necker ont dit que les pensions et gratifications annuellesn’excédoient pas 28 millions 5 elles ont monté à plus de 70 millions : mais on fut encoreplus étonné quand la publication du livre des décisions montra pour plus de 860 millionsd’ordonnances au comptant dans l’espace de huit ans. M. Necker, pour combler legouffre immense des dettes de l’état, creusé par tant de déprédations , ne vit deressources que dans la formation d’un bureau de trésorerie , qui, sous l’autorité duroi, fixeroit toutes les dépenses journalières, surveilleroit toutes les recettes, dirigeroite nhn toute l’action du trésor public. Mais ce plan étoit bien éloigné d’être suffisant ;aussi fut-il rejeté. Il falloit cependant que l’assemblée se procurât de vastes ressources,soit pour combler le déficit, soit pour pouvoir attaquer à la fois tous les abus dévorants.M. Necker avoit encore imaginé, mais sans succès, le don patriotique du quart desrevenus. Ce fut alors que l’assemblée décréta 4 00 millions d’assignats. On ne pouvoitsans mauvaise foi les confondre avec le papier-monnoie, si justement proscrit partous les écrivains politiques, puisque ce papier portoit une hypotheque spéciale. Lescirconstances d’une guerre avec toute l’Europe , et plus encore les dilapidations, occa-sionnèrent une prodigieuse émission de ce papier, qui finit par le discréditer : mais ,malgré l’abus qu’on en fit, il est certain que cette mesure sauva la chose publique.Une très-grande faute de M. Necker fut de n’avoir pas proposé lui-même, ou dumoins soutenu de toutes ses forces la seule ressource qu’il y eût alors pour l’état,celles des assignats : il devoit savoir qu’il est des circonstances si impérieuses, qu’ilfaut tout hasarder pour sauver la chose publique ; d’ailleurs , ce ministre devoit, ouappuyer ce moyen de tout son pouvoir, ou en indiquer un meilleur. Nous avouonsqu’il se trouva dans des circonstances très-difficiles j mais c’est alors que le génie déploieavec éclat toutes ses ressources.
Les détails que nous venons de donner sont postérieurs à l’évènement dont il s’agit1C1 5 mais puisque les finances en furent la cause et le but, nous avons cru devoirréunir dans un même cadre tout ce qui a trait à une partie aussi intéressante , et delaquelle dépendent presque toujours la prospérité ou la chute des empires. Il estencore une réflexion importante que nous devons ajouter à ce que nous venons d’exposersur cet objet ; et c’est d’ailleurs une justice que l’on doit rendre à M. de Calonne que,lorsqu’il assuroit que toutes les parties de son plan pour la libération des dettes del’état étoient si bien liées ensemble qu’une seule manquant tout l’édifice des financess’écrouleroit, il n’en imposoit pas au roi. Il est certain que si toutes ses propositionsavoient été adoptées simultanément par les notables, leur réunion formoit une masseimposante contre laquelle toute l’autorité et la résistance des parlements se seroientbrisées et consumées en efforts impuissants.
Il n’est pas étonnant que les notables n’eussent point accueilli ses projets ; cetteassemblée étoit composée des princes , de la haute noblesse , du haut cierge , desconseils du roi, des députés des parlements et des pays d’état, et des chefs de quelquesgrandes municipalités, qui jouissoient presque tous des immunités nobiliaires.
Le -Cardinal de Brienne, archevêque de Sens , remplaçant Calonne , eut le titre desur-intendant des finances, que lui donnoit l’inspection sur les contrôleurs-généraux.Lamoignon , président au parlement de Paris, venoit d’être nommé gardes-des-sceauxa la place de Hue-Miromesnil. Ces deux hommes se réunirent pour essayer de combler1 g déficit des finances en présentant quelque projet qui fut agréable au public. Il fautconvenir que leur rôle étoit bien difficile à jouer. Brienne, qui jouissoit, on ne sait