SÉANCE EXTRAORDINAIRE , TENUE PAR LOUIS XVI ,
AU PALIS DE JUSTICE,
A Paris , le 19 Novembre 1787.
T
Evénement qui fait le sujet de ce tableau est un des plus importants du régnéLouis XVI , et un de ceux qui ont le plus concouru à nécessiter la révolution dontRous décrivons l’histoire. L’usage que ce monarque fit alors de son autorité, et auqueld fut forcé d’avoir recours par le désordre des finances, acheva d’aliéner les esprits,et de mettre le comble au mécontentement général. Ce fut aussi dans cette séanceextraordinaire que le duc d’Orléans parvint à se populariser. Mais, pour bien connoîtrequelle étoit la disposition des esprits à cette époque, et pour apprécier ce que fitDouis XVI, et ce qu’il auroit pu faire, il faut reprendre les évènements de plus haut.
Louis XIV parut sur le trône dans le moment où les guerres civiles avoient portéles âmes au plus haut degré d’énergie : son régné est devenu une époque dans lesfastes de l’univers. Les Français oublièrent presque leur esclavage, étant éblouis parl’éclat des conquêtes , par le charme des beaux-arts , et par toutes les jouissancesque donnent le luxe et l’opulence : l’amour de l’or plana bientôt sur toutes les autrespassions. Louis XIV avoit deux penchants également dévorants, le faste, et l’ambition.Sous son régné la cupidité et l’orgueil altérèrent la loyauté, la simplesse de nos aïeux.Les dépenses de ce monarque et de sa cour ruinèrent la nation 5 mais on trouvoit destraces de grandeur jusques dans les prodigalités du gouvernement. On pardonna àLouis XIV , parce qu’il fut grand, et parce qu’on se souvenoit encore des fers dela féodalité et des horreurs des guerres civiles : la nation s’étoit enivrée de ses succèsavec lui et comme lui, mais du moins c’étoit une ivresse de gloire, puisque les préjugésla faisoient consister dans la folie barbare et ruineuse des conquêtes. La prévention dedicter des lois à l’Europe l’entraîna dans des guerres interminables : il oublia qu’il n’ya de guerres justes que celles qu’on ne peut éviter. L’entretien des armees épuisa letrésor royal ; et le monarque et la nation finirent par expier quarante ans d’unefausse gloire par tous les malheurs, toutes les humiliations qu’entraînent la misere etles revers.
Le régent semble avoir surpassé en audace, en folies et en prodigalités Louis XIV même. Celui-ci avoit long-temps fait respecter la nation ; mais celui-là la dégrada aux