i 4 DEUXIEME DISCOURS PRÉLIMINAIRE
yeux de l’univers- Il chercha dans les repaires de la débauche un homme, dont le nomflétrit famé et salit l’imagination (x) : il en fit un pontife; que dis-je? il osa le placersur le siège du vertueux Fénélon . La nation fut attachée au char d’une foule deprostituées ; toute la régence ne parut qu’une orgie perpétuelle. C’est sous le régentet les régnés suivants qu’une cour corrompue et dissipatrice a conçu et exécuté l’idéed’affamer le peuple, et de faire publiquement le monopole des grains : on vit dominerles passions les plus viles des extrémités de l’empire au centre; tout fut perverti etdémoralisé ; la fange du libertinage infecta les mœurs publiques ; la plus profondedissolution passa de la cour dans la société ; la licence la plus déhontée , le luxe leplus asiatique s’étendirent des évêques et des grands bénéficiers aux lévites ; le scandaleet l’immoralité avilirent le sanctuaire. Les grands imitèrent le gouvernement ; ilsperdirent la hauteur de caractère de leurs ancêtres, et ne furent plus que de vilscourtisans.
Le régent voulut éviter le déshonneur d’une banqueroute évidente : mais Law ,trompant la confiance publique, créa beaucoup trop de papier ; il fut emporté malgrélui par le mouvement de cette machine dont il avoit trop forcé le jeu.
La corruption, le luxe des frivolités augmentèrent encore sous le régné de Louis XV .Ce monarque fut d’abord voluptueux et indolent, et finit par se livrer à une débauchehonteuse : ses courtisannes faisoient et défaisoient les généraux et les ministres : toutesdévorèrent l’état. Le chancelier Maupeou porta l’oubli de toute pudeur jusqu’à nommersa cousine une prostituée de la plus basse extraction. Le duc de Choiseul avoit soumisle roi, et même madame de Pompadour à son ascendant ; madame Dubarri et M. d’Aiguillonse liguèrent contre lui : le duc de Choiseul avoit en grande partie les talents d’un hommed’état ; c’étoit un courtisan doué cependant d’une certaine élévation d’ame : il fut bannidu ministère. Alors le gouvernement acheva de dégénérer, et l’état d’empirer.
L’abbé Terray , ne pouvant avoir d’argent, en vola au nom du roi. On n’a pasoublié à quel point ses exactions le rendirent odieux. La France étoit alors en proie àplusieurs tyrannies, celle des ministres et de leurs subalternes , celle du clergé , cellede la noblesse, et celle de la robe. La nation, fatiguée de tant d’abus, d’affronts et decalamités , blessée du luxe insultant et de l’impudeur de ceux qui sembloient affecterde braver ses malheurs , commença à sortir de sa profonde et antique léthargie, etse réveilla tout-à-coup d’un sommeil de mille ans. Louis XV emporta au tombeau lemépris, et presque la haine d’un peuple dont il avoit été long-temps l’idole.
Ce monarque étant mort le io mai 1774? Louis XVI reçut le même jour les hommagesdes princes et des princesses du sang : une députation du parlement se rendit auprèsde lui au château de la Muette, le 5 juin , pour l’assurer du dévouement de la courdes pairs. Louis XVI , par un édit du même mois , fit remise du droit de joyeuxavènement, et promit de payer les dettes contractées par le gouvernement sous sesprédécesseurs. Ses intentions à cet égard étoient louables, justes et paternelles ; maisil ne connoissoit pas en ce moment toutes ces dettes, et il étoit bien éloigné d’ensoupçonner l’immensité. Il rétablit dans leurs fonctions, le 12, novembre de la mêmeannée, les magistrats qui composoient le parlement de Paris avant la révolution de1771. Le même changement se fit à cette époque et l’année suivante dans les parlementsde province et dans les autres grands corps de l’ancienne magistrature. Le 12 novembre1776, le roi tint un lit de justice, à Versailles , dans lequel il fit enregistrer un éditportant suppression des corvées pour la confection des grandes routes, et conversionde cette charge , que portaient seules les classes du peuple les plus pauvres, en un
( 1 ) Le cardinal Dubois.