J-j e s causes de ce mouvement insurrectionnel remontent très-loin et à des temps bienanterieurs. La nation française, avant d’en venir à secouer les chaînes antiques dontelle idolâtroit le joug, avoit passé par tous les degrés de l’avilissement et de l’oppression.Qu’offrent en effet les annales de notre monarchie , à quiconque en lit attentivement1 histoire, si ce n’est une longue succession, une série désolante des miseres du peuple,de l’accroissement graduel du despotisme et des prodigalités du gouvernement ? Leroyaume changeoit de maîtres ; mais l’administration et les ministres ne changeoientni de principes ni de méthode. De courts succès et de longs désastres , des projetsruineux, ou des plans sages abandonnés avec la plus légère inconséquence : tel est lerésumé de cette triste histoire.
Clovis , malgré ses grandes qualités, fut un prince barbare et cruel. Ses descendantsU’eurent qu’une ombre de pouvoir ; et le sceptre fut réellement entre les mains desmaires du palais. Parmi ces maires, on distingue Pépin , qui , profitant de la nullitédes rois et de l’anarchie dévorante où la nation étoit plongée , s’empara, facilementd’une couronne qui sembloit appartenir au premier qui oseroit s’en saisir. La révolutionqui plaça sur le trône Pépin, pere de Charles Martel, et aïeul de Charlemagne , nefut funeste qu’à la maison régnante. Il devoit être, et il fut en effet très indifférent aupeuple esclave et opprimé, d’être gouverné par des maires absolus, sous des rois fainéants,ou par la nouvelle dynastie, lorsqu’un de ces maires fut devenu roi.
Charlemagne établit, il est vrai, un beau plan d’administration, qui cependantrenfermoit un vice destructeur, celui de la confusion entre deux pouvoirs qu’on nesauroit trop séparer, et qui restoient toujours unis sur les mêmes têtes , le pouvoirdes armes et celui de la magistrature civile. Ce désordre a duré jusqu’à la destruction
du gouvernement féodal, c’est-à-dire jusqu’au ministère du cardinal de Richelieu, sousLouis XIII .
Les enfants de Charlemagne laissèrent les seigneurs s’élever sur les débris de lapuissance royale. On conçoit facilement que la nation n’en fut que plus tyrannisée ,e t, sous tous les rapports, plus malheureuse. Le petit nombre de bonnes lois qui
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