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SIXIEME DISCOURS PRÉLIMINAIRE
existaient disparut entièrement au milieu de tant d’excès commis par une si grandemultitude de despotes différens. Le peuple fut asservi à une foule de coutumes aussibarbares que ridicules. C’est ce qu’on appela gouvernement féodal.
Hugues Capet usurpa la couronne sur les foibles descendants de Charlemagne ,comme Pépin l’avoit usurpée sur les descendants de Clovis . Mais il n’y eut aucunconcert pour le gouvernement général entre le monarque et les vassaux ; chacun secrut maître sur son, territoire. Il restait cependant deux lois de l’ancienne constitution :l’une était l’hommage qui représentait encore l’ancien serment de fidélité du au roi partous ses officiers ; l’autre était le droit de ressort qui rendoit le monarque juge detoutes les injustices commises par les vassaux : ces deux lois firent à la longue revivretoutes les autres; tant les traces des lois sont précieuses à conserver!
Le sage ministre Suger fit connoître à Louis cette importante vérité, que moins ilauroit d’esclaves , plus il auroit de sujets , et qu’il étoit le roi de toute la France , nond’une ou deux castes. Il lui fit établir les communes , et affranchir les habitants desvilles, parce qu’en effet c’était la seule digue à opposer aux grands, devenus déjà rivauxdu trône. Louis le Gros donna aux serfs de ses domaines le droit de bourgeoisie etcelui d’avoir un maire et des échevins. On vit peu-à-peu renaître le gouvernementmunicipal des villes et bourgs. Sous Philippe-Auguste, la France fut de nouveau comptéeparmi les grandes puissances, et reprit pour la première fois , depuis Charlemagne ,un rang qu’elle n’auroit jamais du perdre.
Saint-Louis, petit-fils de Philippe-Auguste , fit asseoir avec lui la sagesse et la justicesur le trône. La fausse politique italienne , qui ne naquit que sous Charles VIII ,n’avoit point encore empoisonné les maximes du gouvernement.
Philippe le Bel , prince dissipateur , imagina, pour se procurer de l’argent, derenouveler et d’assembler souvent les états-généraux ; et leur convocation n’eut presquejamais d’autre objet, jusques.et compris ceux de 1614, ceux même de 1789, que d’enobtenir des subsides. On n’a jamais, avant 1789, assemblé ces états sans leur faireconsentir de nouvelles impositions et surcharges pour le peuple.
Louis, dit le Flutin, est à jamais célébré dans notre histoire pour avoir porté cetteloi mémorable par laquelle il déclare que la nature ayant fait tous les hommes libres,et son royaume étant appelé le royaume des Francs , il entend que ses sujets le soienten réalité comme de nom.
Sous Philippe de Valois s’éleva le fameux différend dans lequel on vit deux princess’appuyer également sur la loi salique pour prétendre au trône. Le sens de cette loiest fixé pour jamais. Mais Édouard III saisit toutes les occasions pour satisfaireson ressentiment. Alors commença cette longue rivalité entre la France et l’Angleterre,qui causa six cents ans de meurtres et de saccagements. Le gouvernement fut à-peu-près le même sous Charles le Sage ; mais la démence de Charles VI plongea l’étatdans toutes les horreurs des dissentions intestines : la France nagea dans le sang.
Louis XI, Richelieu , et Louis XIV , prouvèrent que la noblesse n’est point unebarrière suffisante contre les entreprises du despotisme ; et le peuple fut encore lavictime de cette nouvelle lutte entre les rois et les seigneurs. Louis XI régna avecautant de férocité que Néron , et mourut d’une manière aussi misérable que cet empereur,et que Charles IX . C’est ainsi que tous les tyrans devroient mourir.
Sous François I er , la renaissance des sciences et des arts amena l’esprit littéraire,qui a produit l’esprit philosophique , auquel a succédé l’esprit législatif. Mais nous11e considérons ici que ce qui a un rapport direct avec l’état de la nation sous chaquerégné, ou du moins à chaque époque marquante. Les profusions et les guerres rendirentencore alors la nation très - malheureuse ; et les régnés bien plus déplorables , quï