AUX TABLEAUX HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION. 27il lui importoit peu de ramper sous un maître ou sous un autre ; elle se flattoit, aucontraire , qu’un changement ne pouvoit que lui être favorable : espérance toujourstrompée, mais à laquelle son désespoir la portoit à s’abandonner.
L’esprit public de la France et sa constitution disparurent presque entièrement aumilieu de tant d’excès et de vexations , suivis de tant de foiblesse ; plus de lois générales,plus de capitulaires. Les peuples sont asservis à des coutumes barbares et ridicules ,selon que celui qui les gouverne est plus ou moins capricieux , plus ou moins tyran.0 est cette espece d’administration qu’on a appelée gouvernement féodal.
On voit que les états-généraux ont varié selon l’esprit dominant de chaque siecle,de chaque régné sous lequel ils ont eu lieu : l’armée les composa presque en entiersous la première race ; l’église y domina sous la seconde. Clovis consultoit, ménageoitl’épée qui l’avoit rendu conquérant; Pépin le sacerdoce, auquel il devoit fusurpationde l’autorité suprême. Nous verrons bientôt Philippe le Bel s’étayer d’un nouvel appui,les parlements.
A l’avènement de Hugues Capet au trône commença un autre ordre de choses , ouplutôt le renversement de tout ordre public. La nation devint la proie d’une foule deseigneurs, qui la déchirèrent de cent maniérés différentes ; la foiblesse de. ces petitsdespotes les attachoit à leur tour à des despotes plus relevés : telle fut l’origine desarriere-fiefs et du vassellage. Le peuple supportoit toute la réaction de ces différentspouvoirs. Hugues Capet et ses successeurs Rassemblèrent plus la nation : il n’y eutque deux ordres, le clergé et la noblesse.
Sous Louis le Gros on vit, ainsi que nous avons eu précédemment occasion de1 observer, renaître le gouvernement municipal des villes et des bourgs, le plus paternelde tous les gouvernements. Les seigneurs qui, du temps des croisades, avoient besoind argent pour le voyage d’outre-mer, vendirent, comme lui, la liberté aux serfs deeilrs domaines. Les croisades produisirent au moins la liberté du peuple.
Re régné de Philippe-Auguste est une des principales époques de la monarchie. LaFrance respira, et remonta au rang des grandes puissances , rang qu’elle avoit perdue puis Charlemagne. Louis IX, dit Saint-Louis, petit-fils de Philippe-Auguste , futencore plus grand que lui ; il ajouta l’empire de la sagesse et de la justice à celui dea politique : mais ce ne fut que sous Philippe le Bel que le peuple forma véritablementun ordre dans l’état : ce fut aussi sous ce régné, en i 3 i 4 , que les impôts furentaccordés par les trois ordres.
Les fiefs étoient devenus peu-à-peu héréditaires. Cependant Louis XI, Richelieu ,
Louis XIV , ont prouvé que la noblesse pouvoit être contenue, mais avec beaucoupde peine, et après un temps infini. Le gouvernement fut à-peu-près le même sousCharles le Sage : mais le régné de Charles VI , dont la démence fit une longue minorité,laissa la nation en proie aux funestes effets de la division des princes, de l’ambition desgrands et de la foiblesse du souverain.
Tous les forfaits montèrent sur le trône avec Louis XI , prince à la fois foible et
eroce, barbare et superstitieux : jamais peut-être la nation ne fut plus esclave, plus
avi îe que sous ce tyran. Le régné de François I eT prépara de loin la régénération
u peuple français. Les états-généraux qui se tinrent à Tours avoient déjà consacré le
epot de la liberté publique. Ce sont les plus mémorables de ceux qui ont ete tenusavant 1789. ^ r
Les régnés déplorables qui suivirent celui de François I er n’offrent, jusques et comprisles dermeres années du régné de Louis XIV , que de tristes exemples de tous lesniaux que l’ambition et le fanatisme peuvent enfanter. Le feu des guerres civiles embrasae royaume jusqu’au régné de Henri IV . Sully commença de remédier aux plaies