Band 
Tome premier.
Seite
23
JPEG-Download
 

DE LA RÉVOLUTION. a 3

Le dimanche, 12 juillet 1789, jour où commença l’insurrection, M. du Châtelet futrec °nnu et poursuivi par le peuple. Où croit-on qu’il alla chercher un refuge ? Au dépôtïïïeme de ses soldats, sur le boulevard de la chaussée d’Antin. Il les crut capables d’unsentiment généreux; et il ne se trompa point. Barbet, l’un d’eux, de la compagnie depaillac, le couvre de son corps et en quelque sorte de son courage; il presse, il prie,h conjure les grenadiers et soldats du poste de sauver leur colonel; dit que, s’il estcoupable, c’est aux lois à le punir, et non pas au peuple. Il y a dans l’expression dessentimens honnêtes une influence rapide et contagieuse qui saisit toutes les âmes nobles.Lous oublient leurs ressentimens. Ils se réunissent, l’entourent, le conduisent en sûretéai1 quartier-général, hôtel de Richelieu, et le mettent à l’abri d’une vengeance populairefl 111 s’exerçait principalement pour eux. Ce ne fut pas la seule occasion qu’eurent lesgardes-françaises d’arracher leur colonel à la fureur publique. Ce même général, enpassant le bac des Invalides, fut près d’être jeté dans la Seine par le peuple qui rem-plissait la barque et qui le reconnut. Ce furent encore ces soldats si cruellement maltraitésflui le sauvèrent. Le cœur se complaît dans le récit de ces actions qui honorent l’humanité,^lût au ciel que les généreux sentimens des gardes-françaises eussent dès-lors été accom-pagnés des idées saines qui ne peuvent être que l’ouvrage du temps et de la liberté !

n’aurait point à joindre à ces justes éloges des regrets non moins justes : on n’anraitP°int à reprocher aux gardes-françaises les inquiétudes qu’ils ont données à la libertépissante, après l’avoir assurée par leur courage : ils n’auraient pas envié à leurs con-citoyens, à leurs frères, vainqueurs de la Bastille, le modeste honneur dû à ceux quies avaient aidés à renverser cette forteresse du despotisme. Braves gardes-françaises,empreinte d’une couronne murale, tracée dans une broderie au bras de vos concitoyens3 sans être guerriers de profession, se sont montrés intrépides comme vous, dignescombattre auprès de vous, n’eût fait que rehausser l’éclat de la médaille d’or dont^OUs êtes décorés. Mais vous avez eu le triste avantage de l’emporter dans ces odieux

déb

yats, si effrayans pour la patrie. L’assemblée nationale s’est vue, pour la premièrels 3 contrainte de déroger à l’un de ses décrets, jusqu’alors immuables. C’est vous qui,°Pposant à la puissance des lois la puissance de l’épée, l’avez forcée de recevoir comme^tie offrande généreuse, comme un nouveau don patriotique, le sacrifice que les vain-Jflmurs de la Bastille firent de leur vœu le plus ardent. Ne reprochons point à nos légis-ateurs une prudence nécessaire, qui a sauvé à la. capitale des scènes de sang, et arrachéa n os ennemis une de leurs cruelles espérances. L’assemblée nationale voulut voir dans^ a conduite des gardes-françaises, non pas une violence de prétoriens, ni une révoltejanissaires, comme le souhaitaient nos ennemis, mais un égarement passager d’hommes^vrés entièrement à des idées militaires, étrangers aux idées civiques, et privés des1] astructions que la constitution seule peut faire passer jusqu’à eux. Nous termineronsarticle par le récit d’un fait jusqu’ici peu connu, et qui montre à-la-fois leur loyauté,etlr ^conséquence, leur grandeur d’ame, et une indiscipline qui pouvait devenir funeste,Sails le courage, le sang-froid et le sage héroïsme du général Lafayette. Après avoir°btenu du roi la permission de s’enrôler dans la garde nationale parisienne, il leurP r end fantaisie d’avoir des cartouches de leur ancien major. Ils se portent de nuit, au**°mbre d’environ deux mille, à l’hôtel de M. de Mathan et dans les rues adjacentes.e t officier, plein de sens et de mérite, leur représente que, maintenant qu’ils sont, deagrément du roi, à la ville de Paris , s’ils veulent des cartouches de congé, c’est aucommandant Lafayette à leur en donner , comme leur général. Les têtes s’échauffent,a fermentation s’accroît et devient effrayante. Cinquante sont détachés pour aller cher-c oer, à l’instant même, à trois heures du matin, le général Lafayette. Pendant qu’ils ycourent, on dispose des canons, on s’échauffe mutuellement par des menaces, par des