DIX-HUITIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
NUIT DU 14 AU i 5 JUILLET 1789.
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nouvelle de la prise de la Bastille avait répandu dans Paris une alégresse universelle;^is cette joie était combattue par l’idée de tous les périls qui menaçaient cette capitale,P e rils que la prise même de cette forteresse pouvait rendre plus pressans, en poussantes ministres et les généraux à avancer le moment de l’attaque. Les troupes qui envi-I ’°Bnaient la ville continuaient de garder leurs différens postes. Deux fois l’assembléenationale avait sollicité l’éloignement de ces troupes , et ces deux demandes n’avaient°btenu qu’un refus positif, suivi bientôt d’une réponse équivoque et dilatoire. La cour^ e stait environnée d’illusions et de mensonges. Croirait-t-on que l’intendant de Paris ,j • Bertier , qui fut peu de jours après victime de la fureur populaire , interrogé pare 'foi, le soir même du 14 juillet, sur l’état de la capitale, répondit 'que tout étaitCa hne? Cependant les gardes-du-corps étaient perpétuellement à cheval, les gardes-suissesentouraient le château , les troupes étrangères avaient leur poste dans le local appeléOrangerie. On savait que les canonniers avaient reçu ordre de se tenir prêts à servireu rs pièces. On ignorait qu’ils avaient déclaré qu’ils ne pointeraient point le canonni contre l’assemblée , ni contre les citoyens. Les préparatifs qui se faisaient dans lesee Urie S annonçaient en même temps que la cour se préparait à un voyage prochain. Le12 juillet, M. Necker , regardé par la cour comme la cause de l’embarras dans lequelse trouvait, après avoir reçu les plus vifs reproches de la famille royale , eut ordree sortir sur-le-champ de France . Cette nouvelle vole à Paris . On apprend en même? em Ps que le ministère était renouvelé en entier ; que MM. de Montmorin , de Saint-lest , et de la Luzerne , se retiraient. Le baron de Breteuil était nommé sur-intendantes finances ; le maréchal de Broglie , ministre de la guerre ; M. Foulon , ministre de la*n a tine ; M. Laporte , ministre de la maison du roi ; et M. de la Galaisière , controleur-genéral. ■
l’h^° Us avons rendu compte de la journée du i 4 juillet , à jamais mémorable dansistoire par la prise de la Bastille. La nuit qui succéda semblait devoir être une nuitrepos. Mais le bruit s’étant répandu que cinquante mille hommes devaient entrer^ n s Paris par toutes les barrières , incendier la ville , et massacrer les habitans , lep in sonne de nouveau , les hommes se rassemblent pour marcher au-devant, deen nemi. Ceux que l’âge et leurs infirmités retiennent dans leurs foyers se réunissentfemmes. Toutes les rues sont barricadées ; on enlève les pavés ; on les porte danst , S eta ges supérieurs des maisons pour écraser les assaillans dès qu’ils paraîtraient. Lae de Méduse pétrifiait, dit-on , ceux qui la regardaient : cet effet fut opéré sur la
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