7 o TABLEAUX HISTORIQUES
cour de Versailles par la prise inattendue de la Bastille . Dès que le premier mouvementinsurrectionnel se fut manifesté dans Paris , l’assemblée nationale, en peignant aLouis XVI le danger qui menaçait la chose publique, lui offrit ds se transporter dans lacapitale , pour calmer l’effervescence du peuple. Ce projet était précisément l’inversede celui du conseil, qui regardait le soulèvement des Parisiens comme un moyen offertpar la fortune de motiver la dissolution des Etats-généraux. Le roi répondit que lesmurmures de quelques hommes qui étaient parvenus à égarer le peuple ne changeaientpas ses dispositions , que lui seul pouvait juger des mesures convenables , et qu’il étaitinutile , dangereux même , que les députés allassent à Paris , où leur présence ne feraitaucun bien.
Les dispositions faites par les régimens étrangers annonçaient une expédition pro-chaine. Les nouvelles qu’on recevait de Paris se contrariaient. Tantôt on disait quedeux cents mille hommes étaient en marche pour venir chercher et conduire dans lacapitale l’assemblée nationale et le roi ; tantôt on assurait que Paris nageait dans lesang de ses habitans , et que cette immense cité ne serait bientôt plus qu’un monceaude ruines. On entendait dans Versailles le canon tiré dans Paris ; mais on ne prévoyaitpas que les Parisiens assiégeaient et prenaient la Bastille. L’assemblée fut instruite versles cinq heures du soir de cette étonnante nouvelle. Cependant la séance ne fut pas levée ;les communications entre Paris et Versailles , interceptées depuis deux jours , furententièrement libres à l’entrée de la nuit. On apprit que les gardes-françaises venaientde recevoir le nom de gardes nationales*, que la commune de Paris s’était partagéeen soixante districts pour l’expédition des affaires, et que les milices de Paris étaientsur un pied respectable. M. Bailly venait d’être nommé Maire de Paris , et M. Lafayettecommandant général de l’armée parisienne . Ce n’était plus une insurrection populaire;Paris offrait l’aspect d’une puissance formidable qui pouvait opposer à la force militaireune force , une masse encore plus imposante.
Telle était à Versailles la perplexité des esprits ; et cette horrible situation , connueà Paris , ajoutait aux terreurs et aux mouvemens d’indignation qui agitaient la capitale.Cette nuit présenta le même spectacle qu’avait offert la nuit précédente ; pavés arrachésdes rues et transportés au haut des maisons ; fossés profonds ; larges tranchées ouvertesen divers lieux menacés ; canons conduits par le peuple en différens postes , aux barrières,particulièrement à celle de Saint-Denis ; enfin tout l’ensemble d’un tableau dont nousavons déjà rassemblé les principaux traits. Il suffit d’ajouter que chaque instant accroissaitles moyens de défense. Les bataillons , les compagnies, se multipliaient. La permissiond’en former de nouvelles se donnait à qui venait en demander ; et quelques bourgeoisy réussirent sans montrer d’autre autorisation que la signature d’un électeur ou d’unmembre du comité. Un particulier s’était, dès le soir même , fait nommer gouverneurde la Bastille , et , sur un ordre de M. de la Salle , alors commandant de la gardeparisienne , il s’y était rendu à la tête de cent bourgeois armés qui se joignirent à centcinquante gardes-françaises pour empêcher qu’on ne reprît cette forteresse. Ce fut encoredans cette même nuit que les grenadiers du régiment des gardes-françaises vinrentdéclarer à l’hôtel-de-ville qu’ils ne voulaient plus retourner à leurs casernes , dans lacrainte d’être exposés à des mauvais traitemens et à tous les pièges que leur tendraientla malveillance et même la fureur de leurs officiers. On peut juger s’ils furent bienreçus ; on expédia à différens couvens de Paris l’ordre de les loger et de les nourrirjusqu’à nouvel ordre.
Il est peu d’hommes , alors habitans de Paris ou s’y trouvant par hasard , qui , serappelant cette soirée et cette nuit du i4 au i5 , ne se souviennent de quelque actede courage et de vertu , et qui n’aient à citer un nombre infini de ces mots touchansou énergiques qui partent de l’ame et qui saisissent ceux qui les entendent. On eût dit