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Tome premier.
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94 TABLEAUX HISTORIQUES

odieux , légale répartition des impôts proportionnelle aux revenus ; enfin tous ces actesdéquité quon a déshonorés , disait Mirabeau , en les appelant des sacrifices. Quelsque soient les noms quils méritent, ils furent dabord acceptés comme tels dans lacapitale : ils excitèrent une reconnaissance , une admiration universelle , un enthousiasmeégal à celui qui avait saisi lassemblée nationale dans la séance de cette nuit mémorabledu 5 août. La joie remplissait tous les cœurs , brillait dans tous les yeux. Les citoyenssabordaient, se félicitaient, sembrassaient sans se connaître : on eût dit , en voyantcet échange de sentimens alfectueux , que la suite de la révolution ne pouvait plusdésormais amener ni périls ni malheurs. Mais bientôt cette première elfervescence sedissipa , et on saperçut que la nature des choses nétait pas changée. Le peuple conçutque si lassemblée venait de renverser le colosse féodal, il nétait pas brisé. La secousseque les nouveaux décrets venaient de donner à la France était violente : et peu dejours après elle se communiqua jusquaux extrémités de lempire. Presque partout ellefut terrible. Les haines particulières , irritées encore par les dissentimens politiques,se portèrent à des excès difficiles à imaginer ; et lhistoire , un jour , pourvue depreuves suffisantes, refusées aux contemporains , flétrira des noms connus, en révélant lesecret de certains crimes qui dabord nont être imputés quà des hasards malheureuxou à des brigands vulgaires. Nous pouvons davance en accuser surtout la factiondOrléans , dont Mirabeau était un des agens. Aussi les paysans qui conclurent, de cequon navait plus le droit de les faire dévorer par le gibier, quils avaient celui de lepoursuivre sur les terres dautrui , commirent partout des désordres affreux , exceptédans les chasses de M. dOrléans .

Cette succession rapide dévènemens journaliers, la plupart affligeans , cette circu-lation non moins prompte de nouvelles vraies ou fausses dun bout de lempire àlautre , accroissait partout la fermentation 5 mais cest à Paris que cet effet était 1®plus sensible. Lardeur et lactivité du peuple pour saisir partout des armes étaientpresque aussi vives lorsquil avait à repousser les satellites qui assiégeaient Paris :cétait surtout des canons quil désirait le plus passionnément de posséder : cest lameilleure des armes et la meilleure des raisons. Quand il avait fait quelques nouvellesconquêtes en ce genre , il les défendait , même contre ses chefs , même contreM. Lafayette , qui se rendit suspect en voulant que les districts de Paris lui remissentleurs canons , sous prétexte de les rendre plus utiles et de former un parc dartillerie-Il sétait passé peu de jours , depuis la révolution , que le peuple neût formé quelqueentreprise , fait des voyages dont le but était la prise de quelques canons. Choisi-le-B°*fut dépouillé des siens , quoique le roi, depuis sa visite à lhôtel-de-ville , fût censé avoirfait la paix avec Paris . Ceux de Chantilli étaient de bonne prise , le possesseur de cechâteau étant alors en guerre ouverte avec les Parisiens , en attendant quil y fût avectous les Français . LIsle-Adam , maison de M. de Conti , en possédait dix-sept. Onles enleva, tandis que ce prince, ayant erré plus de soixante heures dans les bois ,se sauvait avec peine du royaume , il rentra quelques mois après , devenu simplecitoyen. Le château de Broglie paya aussi en canons son contingent à lartillerieparisienne . Limours , château de madame de Brionne , fournit de même quelques pièces