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Tome premier.
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9 s TABLEAUX HISTORIQUES

émigrer $ averti enfin de ses propres périls , il voulut fuir comme les autres : il futarrêté à Yillenauce , sur le chemin de la Suisse , par la milice de la municipalité.C’était l’instant où M. Necker y passait à son retour en France , d’après le vœu duroi et de l’assemblée nationale. Suspendons un moment ce récit, pour rappeler à noslecteurs l’évènement singulier qui arriva alors à ce ministre sur sa route. En effet netient-elle pas de la fiction, cette entrevue de madame de Polignac et de M. Necker àBasle , où tous les deux se rencontrèrent, chassés de la cour et de la France , l’unepar le peuple , l’autre par la cour ?

Les jeux du théâtre vont-ils plus loin que ceux de la fortune dans le concours descirconstances qui rapprochent ces deux personnes , dont l’une dit à l’autre : « Je vous» ai fait chasser , et je suis chassée à mon tour ; c’est moi qu’on bannit, et c’est vous» qu’on rappelle 5 allez , soyez l’idole de la nation , jusqu’à ce que.... » Le ministren’avait pas long-temps à l’être. Mais si son règne fut court , il fut au moins brillant.Accueilli partout avec l’ivresse de l’enthousiasme , il est instruit dans sa route du dangerque court M. de Bezenval , il implore pour lui l’indulgence du peuple , il se rend enquelque sorte garant de son innocence. Ce ne fut pas sans doute une médiocre surprisepour M. Necker de voir la commune de Villenauce renvoyer cette demande à la décisionde l’assemblée nationale , et en attendant retenir le prisonnier sous bonne garde.L’arrivée du ministre à Versailles fut un triomphe , à Paris une fête. Le même sentimentparut animer le roi, l’assemblée nationale , Paris , la nation. Il était bien difficile queM, Necker ne crût pas au succès d’une demande qu’il adresserait au peuple. Une absencede dix-sept jours lui avait dérobé la connaissance de ces changemens rapides dansl’opinion, dans les idées , dans les intérêts variés et mobiles des différens partis -,connaissance sans laquelle il est impossible de ne pas s’engager en quelque inutiledémarche.

Comment M. Necker , entouré de tous les hommages des citoyens assemblés à l’hôtel-de-ville , n’eût-il pas essayé d’obtenir de leur enthousiasme ce qui lui avait été refusépar une municipalité provinciale ? Sa demande , principalement adressée aux électeurs,fut accueillie avec transport j et l’enthousiasme ayant saisi toute l’assemblée , lesmots amnistie générale furent proclamés dans la salle , et bientôt dans tout Paris . Aupremier moment la joie fut universelle ; mais , bientôt après , le peuple , excitésans doute par ces agitateurs qui fourmillent toujours dans les temps de révolution,s’écria que cet exercice de la souveraineté n’appartenait pas à ceux qui se l’étaientarrogé 5 que le terme marqué au pouvoir des électeurs était expiré , qu’ils étaientremplacés par ses representans provisoires , membres de la commune 5 et que ceux-cimême ne pouvaient prononcer au nom de la capitale le pardon des crimes commiscontre la nation.

Cette jalousie inquiète que montrait le peuple sur l’emploi, la gradation , les limitesdes pouvoirs confiés par lui, étonna M. Necker, qui , dans son discours à la commune,lui avait parlé de la liberté sage dont les Français allaient jouir. Le peuple n’était pasencore assez instruit pour vouloir de cette sagesse , et pour comprendre qu’une nationn’est véritablement libre qu’autant qu’elle est esclave de la loi, qu’elle ne connaît, ne veutet ne suit que la loi. Les esprits s’échauffèrent ; bientôt la fermentation fut au comble.