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Tome premier.
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I

trente-quatrième tableau

DE LA REVOLUTION.

LES FRÈRES AGASSE ALLANT AU SUPPLICE , LEURS CORPSRENDUS A LEUR FAMILLE, LE 8 FÉVRIER xygo.

Ne devrions-nous pas à nos lecteurs sensibles , ne devrions-nous pas à une famillerespectable dont nous allons peut-être renouveler les douleurs , d’exposer ici les motifsqui nous ont portés à choisir un sujet aussi funeste et qui rappelle d’aussi tristes sou-venirs ? Non. Si la sensibilité nous accuse, c’est à la raison à nous défendre j et nousne croyons pas avoir besoin d’apologie , quand nous allons peindre le triomphe de laphilosophie sur un préjugé féroce. Les préjugés ont aussi leur tyrannie , qui n’est pasla moins cruelle de toutes et la moins féconde en crimes et en injustices. Chacune desépoques , où les uns ont vu briser les chaînes dont ils accablaient l’esprit humain , estaussi importante dans l’histoire de la liberté des hommes , que celles où les autresOnt vu renverser leurs bastilles.

Depuis long-temps l’humanité réclamait l’abolition de cette opinion anti-sociale , quiétendait sur toute une famille la honte du crime d’un seul de ses membres. Mais lescris de l’humanité n’avaient pu se faire entendre : la loi elle-même autorisant le préjugépar des dispositions aussi cruelles , aussi absurdes que lui , il fallait frapper et détruirea-la-fois ce double appui du faux honneur , si l’on voulait enfin rétablir dans son lustreet faire régner le véritable. Il fallait que le corps législatif s’expliquât, que le publicapplaudît, qu’un exemple frappant gravât dans 'tous les cœurs un grand principe. Ilfallait enfin que le peuple , qui toujours se détache le dernier des opinions mêmes quiRe pèsent que sur lui, se trouvât dans la pressante nécessité , ou de seconder par un hautassentiment une loi bienfaisante , ou de voir flétrir dans son honneur toute une familleconnue de lui et généralement honorée.

Telles furent les circonstances qui se trouvèrent réunies dans l’affaire des freres-Agasse. Ces deux jeunes gens , nés de parens environnés de l’estime publique, avaienteu le malheur de rester de trop bonne heure maîtres d’une honnête fortune : la dissi-pation , le feu de l’âge , les avaient entraînés dans de mauvaises affaires $ d exécrablesconseils avaient achevé de les perdre. 11 étaient partis pour Londres 5 la ils avaientfabriqué de faux billets de la caisse d’escompte , de fausses lettres de change. A peinede retour en France avec les monumens de leur crime , et avant meme d’en avoir purecueillir aucun fruit, ils furent arrêtés. L’indulgence due à leur âge, l’intérêt qu’inspirait

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