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Tome premier.
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i 4 a TABLEAUX HISTORIQUES

seraient trouvées prêtes ; de gré ou de force on eût enlevé le roi et sa famille , qu’oneût conduit à Saint-Denis , et de là sous bonne escorte à Péronne . Là on aurait trouvéune légion de mille hommes , enrôlée d’avance sous prétexte de la conduire au secoursdes Brabançons , dont la révolution occupait alors tous les esprits. Vingt mille hommes detroupes de ligne y seraient arrivés le jour même , tirés des provinces voisines. On étaiten marché pour vingt mille Suisses , douze mille Allemands et autant de Sardes. L’arméedu roi eût été portée à cent cinquante mille hommes , et sa garde à vingt-deux mille.On aurait alors (du moins M. Favras le pensait ainsi) marché sur Paris , coupé le hautet le bas de la rivière , forcé cette ville rebelle à rentrer dans le devoir en lui coupantles vivres , et dissous l’assemblée nationale , si l’on n’avait pas à l’avance convoqué lesbailliages pour rappeler leurs députés.

Pour les moyens d’exécution , surtout pour la levée de cette légion prétenduebrabançonne qui devait être le premier noyau de l’armée royale, et pour un empruntde deux millions , nécessaire aux premiers frais de l’entreprise , M. de Favras employades subalternes , qui le dénoncèrent au comité des recherches de la ville. Morel etTourcaty , officiers enrôleurs , le trahirent, et furent chargés par le comité de surveillerde plus en plus ses démarches. Toutes ses actions furent épiées-, tous ses pas furentsuivis. Pratiquer la garde soldée ét l’armer contre les compagnies bourgeoises était unepartie nécessaire du projet : il eut pour cela des conférences avec un sous-lieutenantdes grenadiers du centre , toujours par l’entremise de Morel qui instruisait à mesurele comité de recherches.

Ce fut lui encore qui se chargea de négocier l’emprunt de deux millions. M. Chomel,réfugié hollandais, s’engagea au nom d’une compagnie de Hollande à prêter cettesomme. Les conditions furent réglées et le marché ratifiée le 23 décembre. Le premierpayement devait s’effectuer le lendemain au soir. Ce fut au nom de Monsieur, frèredu roi, que l’affaire fut consommée. Le 24 ce fut l’intendant de Monsieur qui se renditavec Chomel chez un banquier , pour toucher là première somme. C’était chez letrésorier général de Monsieur que M. de Favras attendait leur retour. Ils revinrent,mais les mains vuides. Le banquier s’était excusé sur l’absence de son caissier , etles avait remis au lendemain. M. de Favras se retire 5 il est arrêté par des gens qui lesuivaient à la piste. Sa femme l’est en même temps ; on saisit tous leurs papiers ; on lesconduit tous deux à l’Abbaye.

La nouvelle de cette arrestation , celle d’une conspiration découverte, le nom duprince compromis et mêlé dans cette affaire , causèrent dans Paris une fermentationgénérale. Un placard affiché sur tous les murs accusa nominativement Monsieur d’êtreà la tête de ce complot. Ce prince jugea nécessaire d’en prévenir les effets par unedémarche solennelle. Il se rendit à l’hôtel-de-ville , où il développa l’histoire de sesrapports avec M. de Favras : il ne lui avait pas parlé depuis 1775 qu’il était sorti deses gardes-suisses. Gêné depuis plusieurs mois par la privation de ses revenus , pourremplir ses engagemens sans être à charge au trésor public, il s’était déterminé à faireun emprunt. M. de la Châtre lui avait indiqué M. de Favras , qui s’était chargé decette affaire. Elle était purement de finances. Cependant la calomnie lui imputait une