i 5 o TABLEAUX HISTORIQUES
français n’avaient point souillé des mains françaises , le massacre n’avait pas été froide-ment commandé par l’intrigue et combiné avec le brigandage : sous le masque vénal
d’un patriotisme outré les plus dangereux ennemis de la patrie n’avaient pas Mais
écartons ces cruels et déchirans contrastes ; que l’image des maux présens n’attriste pointla peinture de nos jouissances passées : appelons plutôt à notre secours le souvenir de cespremiers temps j et, ne fût-ce qu’une illusion , espérons de voir renaître un jour l’unionqui en fit le charme.
Ce fut une grande et belle idée que celle de rassembler dans une fédération générale ,sous les yeux des représentans du peuple, les représentans armés de toutes les gardesnationales et de toutes les troupes de lignes, pour confondre , dans un même serment,les sermens déjà prêtés dans toutes les parties de la France , de ne vivre que pour laliberté et de mourir pour la défendre. Les fédérations particulières , célébrées avec unepompe guerrière et une affluence fraternelle à Montélimart, à Valence, à Pontivy , dansplusieurs autres villes , firent éclore le projet de cette réunion universelle. L’envoi queles fédérés de Pontivy firent de leur pacte à l’assemblée nationale lui donna la plusgrande solennité. Les milices fédérées s’affilièrent de toutes parts entre elles et la miliceparisienne . Enfin la commune de Paris imagina de fondre et d’amalgamer en une masseindivisible toutes ces fédérations partielles. Le plan fut rédigé par les députés des sectionsréunis aux administrateurs. L’assemblée nationale consacra par un décret cette solennitépatriotique , et le jour en fut fixé au 14 juillet, jour qu’à travers le cours des siècleset les révolutions des empires ne pourront oublier jamais les hommes dignes de la vraieliberté.
Cette idée vraiment sublime de célébrer par une grande fête l’ère de la liberté était venueun peu tard. Il fallait rassembler tout le royaume, et surtout disposer un local conve-nable. Le Champ-de-Mars , dont le nom rappelait une fête militaire , orné dans uneétendue immense de quatre rangées d’arbres intérieures et de quatre autres extérieures,terminé par un bâtiment spacieux , parut réunir tous les avantages. On choisit cettevaste enceinte ; on sollicita pour les arrangemens et les décorations les secours de l’artet le génie de tous les artistes. Tous s’empressèrent d’offrir à la patrie l’hommage deleurs conceptions. La première opération était de faire du Champ-de-Mars un. vastebassin, de le creuser , et d’en porter les terres tout autour pour former les élévations ;il fallait en un mot transformer une plaine en un vallon bordé circulairement d’un largeet vaste amphithéâtre.
Quinze mille ouvriers furent destinés à cet immense travail. Mais on s’aperçutbientôt qu’au lieu de trois semaines qui restaient jusqu’au 14 juillet, trois mois leursuffiraient à peine. Le peu d’activité d’un grand nombre d’entre eux les fit mêmesoupçonner d’être plus chèrement payés pour ne rien faire qu’ils ne l’étaient pourtravailler.
Le temps avançait. Douze jours restaient à peine , et presque rien n’était fait. Quelparti prendre ? que faire ? comment vaincre des obstacles presque insurmontable ? Cesobstacles, dès qu’ils furent connus , répandus dans le public , au lieu de porter ledécouragement dans les esprits n’y réveillèrent qu’une seule pensée , qu’un seul désir ,