Band 
Tome premier.
Seite
154
JPEG-Download
 

154 TABLEAUX HISTORIQUES

assignats ; ressource infiniment précieuse, et qui ne devint fatale que long-temps

après par l’abus qu’on en fit.

La défense de l’empire français contre les ennemis extérieurs consistait dans unearmée pleine de courage et bouillante d’énergie et de patriotisme , mais trop peu.nombreuse pour ne pas laisser encore bien des alarmes. Elles disparurent bientôt. Onvit tous les Français se lever pour ainsi dire en masse , et prendre en même temps lesarmes pour le maintien des droits qu’ils voulaient recouvrer , ou plutôt conserver.Aux premières nouvelles du danger commun , la France fut couverte de camps dedouze , de vingt, de trente mille hommes bientôt une fédération générale devint lesignal d’une étroite union entre les troupes de ligne et les citoyens nouvellement armés.Trois millions d’hommes s’exerçaient au maniement des armes ; le sol entier de la France s’était converti en un vaste atelier , dans lequel tous les individus qui n’étaient pas indis-pensablement nécessaires aux travaux des manufactures et de la culture des terrespréparaient le bronze , le fer , et tout l’attirail des batailles.

Ce fut dans ces circonstances d’un enthousiasme général, dans ce moment où toutela France était animée d’un véritable esprit public, que l’on conçut l’idée d’une fédérationgénérale en commémoration de la prise de la Bastille. On choisit pour cette imposantecérémonie la vaste enceinte du Champ-de-Mars à Paris . Les habitans de cette grandeville se chargèrent eux-mêmes de l’ouvrage. On voyait sortir de tous les quartiers decette capitale un nombre prodigieux de personnes de l’un et de l’autre sexe pour hâterl’exécution des travaux, en s’y livrant elles-mêmes avec la plus vive émulation. Ce zèleempressé des citoyens pour les préparatifs de la fête du Champ-de-Mars , cette affluenceuniverselle , ces travaux actifs et joyeux qui étaient des fêtes eux-mêmes , avaient eudeux heureux effets j celui de terminer au jour fixé cet immense ouvrage , et celuid’ajouter à l’intérêt du spectacle qu’il devait offrir. Jamais , même chez les peuples lesplus anciens , lieu disposé pour une solennité publique n’avait présenté un aussi magni-fique aspect. Tout le Champ-de-Mars , tout cet espace immense depuis l’Ecole Militairejusqu’à la voie publique qui borde la Seine , est transformé , comme par enchantement,en un cirque d’une lieue de tour, creusé dans toute sa longueur , et bordé en moinsde quinze jours de trente rangs de banquettes disposées en amphithéâtre. Un autel deforme simple , antique et religieuse , s’élève au milieu du cirque : c’est une espèce demonticule terminé par une pyramide de vingt-cinq pieds de hauteur : on y monte parquatre rampes ou escaliers , au haut de chacun desquels est une plate-forme couronnée decassolettes antiques où brûlent des parfums. Aux quatre faces de l’autel, des inscriptionsen annoncent le but et la destination. Sur l’une des façades on lit avec plaisir ces deuxmaximes , tracées depuis long-temps par la plume de Voltaire et gravées de tout tempsdans le cœur de l’homme par la main de la nature et de la liberté :

Les mortels sont égaux ; ce n’est point la naissance

C’est la seule vertu qui fait leur différence.

La loi dans tout état doit être universelle :

Les mortels , quels qu’ils soient , sont égaux devant elle.

Un modèle de la Bastille renversée est au pied de l’autel , exposé à tous les regards.A l’entrée du cirque , du côté de la rivière , s’élève un magnifique arc de triomphe atrois portes ceintrées , aussi décoré d’inscriptions patriotiques. Cet arc triomphal ouvrele cirque , et la façade de l’École Militaire le termine. De toute la largeur de cettefaçade s’étend jusqu’au niveau du cirque une longue suite de gradins en talus ; ces gradins