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Tome premier.
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DE LA RÉVOLUTION. i5 7

droite du roi, est placé , pour le président de l’assemblée nationale, un autre fauteuilcouvert de velours comme le premier, aussi semé de fleurs de lis d’or, et avec un car-reau semblable. A la gauche du roi, à pareille distance, encore sur la même ligne et àla même hauteur , sont des tabourets qui joignent les banquettes dressées pour lesdéputés. Ces tabourets sont occupés par les secrétaires et autres membres de la conventionnationale ; en sorte que le roi est placé au milieu d’eux tous , sans intermédiaire et sous lemême pavillon.

Deux cents prêtres, vêtus d’aubes blanches et décorés de ceintures aux trois couleursnationales, partent de l’École militaire et s’acheminent lentement vers l’autel. L’évêqued’Autun , Talleyrand - Périgord , est à leur tête. Les soldats de la patrie se rangent surdeux files et leur livrent passage.

A l’instant où la cérémonie commença, le ciel se couvrit de nouveaux nuages. Descoups de vent du nord, des averses glaciales se succèdent à courts intervalles : les acteurs ,les spectateurs tiennent ferme : les femmes souffrent j avec un redoublement de courage,ce redoublement de contradiction et d’incommodité*, leurs robes déformées se collent surelles comme des draperies antiques : les chapeaux, les bonnets, les plumes, sont ren-versés, abattus. Dans toute l’étendue,des terrasses, des milliers de parapluies sont inu-tilement déployés, se pressent les uns contre les autres, forment comme une espèce detoit de taffetas de diverses couleurs , et servent plutôt, en quelque sorte i à varier lespectacle qu’à garantir les spectateurs.

Au milieu de ces fréquentes et fortes ondées se continue la célébration des mystèresreligieux , au bruit des tambours et des instrumens militaires. Dès qu’elle est achevée,le pontife descend les premiers degrés de l’autel, bénit l’oriflamme et les 83 bannièresdépartementales, qui, durant le sacrifice, avaient formé un quadruple cordon demi-circulaire sur le devant de l’autel de la patrie. Le grand-prêtre avec ses assistans re-monté à l’autel, il se fait un profond silence dans toute cette vaste enceinte. Puis , àl’instant où M. de Lafayette monta les degrés , le bruit des tambours , des trompettese t des cors annonça le grand moment de l’union fraternelle. Ce général , porté surl’autel entre les bras des grenadiers , serrant de la main droite son épée dont la pointeétait fortement appuyée sur l’autel de la patrie , d’une voix ferme et assurée prononçace serment : « Nous jurons d’être à jamais fidèles à la nation , à la loi et au roi ; de» maintenir de tout notre pouvoir la constitution décrétée par l’assemblée nationale et» acceptée par le roi -, de protéger , conformément aux lois , la sûreté des personnes et» des propriétés , la circulation des grains et subsistances dans l’intérieur du royaume ,M la perception des contributions publiques,, sous quelque forme qu’elles existent; deM demeurer unis à tous les Français par les liens indissolubles de la fraternité ! » Laflamme tricolore agitée dans les airs du haut de l’autel, les salves d’artillerie dont ellefut le signal , les cris prolongés de Vive la nation ! vive le roi ! le cliquetis des armes ,les fanfares de la musique guerrière , donnèrent le signal de la fédération universelle.

Le président de l’assemblée nationale se lève ; tous les représentais de la nation selèvent en même temps. Le président jure en leur nom d’être fidèle à ce qui faisait alorsles trois points cardinaux de notre foi politique , et de maintenir de tout son pouvoircette constitution ( qui n’existait pas encore )'. Le bruit du canon , les mêmes acclama-tions patriotiques et militaires , succèdent dans toute l’étendue du cirque. L’enthousiasmefle la liberté saisit tous les guerriers ; ils accourent, se précipitent en foule à l’autel, et,l’épée nue à la main, environnés des ministres de la religion, jurent, sur les livres saints,fl obéir aux nouvelles lois, et, sur leurs armes , de les faire respecter au péril de leurvie, pendant que les pontifes semblent invoquer sur eux les faveurs et les bénédictions duciel. De l’autel ils volent vers le trône ; ils entourent le roi : leurs gestes, leur attitude,le choc de leurs armes , expriment leur ivresse et leur joie. Le roi se lève; un silence

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