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profond succède à cette agitation bruyante. Louis , debout , prononce ces mots d’unevoix ferme et élevée : « Moi , roi des Français , je jure d’employer tout le pouvoir» qui m’est délégué par la loi constitutionnelle de l’État à maintenir la constitution»> décrétée par l’assemblée nationale et acceptée par moi, et à faire exécuter les lois. »
Ce serment est annoncé au loin par un nouveau signal de la flamme patriotique :les- acclamations redoublent : les sentimens se confondent et se pressent : tous les cœursbattent $ mille sermens se prononcent , se répètent, se propagent plusieurs fois d’unbout du cirque à l’autre : la multitude innombrable qui le remplit et l’environneapplaudit , bat des mains , pousse des cris de joie. Cent pièces de canon annoncent leserment à la capitale et à l’empire. Les bouches à feu des municipalités les plus voisinesproclament ce serment aux plus éloignées : celles-ci par leur artillerie le font circulerrapidement jusqu’aux extrémités de la France. La France entière est convertie tout-à-coup en un immense Champ-de-Mars , où 24 millions de fédérés jurent au même instantde vivre et de mourir pour la liberté , pour la patrie.
Cette fête , dont les fêtes antiques les plus célèbres n’approchèrent jamais , du moinspar l’immensité du local, le nombre des spectateurs et l’objet du spectacle , fut terminéepar un cantique d’action de grâces. Une musique imposante et majestueuse porta jusqu’auciel les accens religieux de la reconnaissance de la plus grande famille qui se fut rassem-blée sur la terre, et l’expression touchante de ses vœux pour la nation française , sesreprésentans et son chef. A peine le pontife et les lévites ont-ils descendu les degrés del’autel, que les fédérés , d’un mouvement unanime , se hâtent d’y monter , pour voir,pour toucher le monument auguste d’où était parti le serment qu’ils avaient répété, etpour jouir , de ce point central , du spectacle de tout un peuple heureux et libre. Desflots de citoyens, impatiens de se mêler à leurs frères d’armes, se précipitent de la hauteurdes glacis , inondent le champ de la fédération jusqu’aux marches de l’autel, qui n’offreplus en perspective qu’une pyramide de guerriers , nuancée de toutes les couleurs dela liberté.
Quel jour que cet anniversaire ! Un roi qui abdique le pouvoir absolu ; qui reconnaîtdeux forces supérieures à la sienne, la nation et la loi ; qui jure de régner par cetteloi même , et de donner le premier l’exemple de la soumission et de l’obéissance ; la,première nation du globe , qui , par ses représentans civils , politiques et militaires ,prend possession , à la face du ciel, de la souveraineté , s’y installe en quelque sorte ,et monte à la dignité du peuple libre avec une pompe , une solennité , une affluenceet un concours dont l’antiquité même n’offre point d’exemple ! Ce jour , mille foismémorable entre tous ceux qui se sont écoulés depuis l’origine des temps , réunit dessiècles dans sa durée. Il rassemble une foule de caractères divers, tous frappans , tousextraordinaires. Il peut être considéré à-la-fois comme la fête de la liberté et le triomphede la loi, comme un pacte auguste et solennel , comme une grande confédération, unecérémonie religieuse , un nouveau modèle de contrat entre les peuples et les rois , unerénovation totale , une renaissance du corps politique , un renouvellement dans l’ordresocial. Qu’offrit alors le Champ-de-Mars ? se demande ici l’écrivain ( 1 ) à qui nousempruntons une grande partie de ces détails. La pompe funèbre des États-généraux, deleurs formes et de leurs ordres antiques ; le tombeau de la féodalité , de la vanité , desgrandeurs.
Après une revue des gardes nationales de Paris , où les fédérés , qui s’y trouvèrenten grand nombre, reçurent encore du roi et de sa famille l’accueil le plus flatteur, ilfut décidé que la veille même de la fédération le roi passerait en revue les députationsde tous les départemens. Les députés se rassemblèrent à la place Louis XY et aux