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Tome premier.
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190 TABLEAUX HISTORIQUES

Les tantes du roi résidaient presque aussi habituellement à Meudon qu’à Paris .D’ailleurs leur âge avancé les rendant plus indépendantes de la volonté du monarque,il était aisé de supposer que leur départ ne passerait pas aux yeux du peuple pour avoirété combiné dans le conseil secret du roi. Il se peut aussi que ce prince n’eût pas encoreformé à cette époque le projet de s’évader , et qu’il n’ait voulu en ce moment qu’assurerles jours de ses tantes.

Les apprêts du voyage de Mesdames ayant été tenus extrêmement secrets , elles quittèrentle château de Meudon le 19 février 1791 à dix heures du soir. Les voisins , qui cependantsoupçonnaient ce départ , firent de vains efforts pour s’y opposer, quoiqu’ils n’en eussentpas le droit. On sut bientôt que Mesdames avaient pris le chemin de Rome . Le bruitcourait que Monsieur et Madame étaient sur le point d’entreprendre le même voyage. Lepalais du Luxembourg , où ils habitaient, fut investi par une multitude d’hommes etde femmes. Monsieur déclara solennellement qu’il ne séparerait jamais son sort de celui duroi. Le peuple fut rassuré par cette promesse 5 mais ses appréhensions ne tardèrent pasà se renouveler ; et l’évènement prouva que c’était avec raison.

Un mouvement populaire s’était manifesté dans le faubourg Saint - Antoine, sousprétexte de quelques réparations que faisait le gouvernement au château de Vincennesprès Paris . On publiait, on persuadait à la multitude, toujours trompée et toujourscrédule , que la cour destinait cette prison à remplacer la Bastille renversée. L’im-mense population de Paris , poussée par une ou plusieurs mains invisibles, seprécipitait sur ce village. Les uns , montés sur la plate-forme du donjon , en démolissaientles parapets 5 d’autres , craignant ou feignant de craindre que la destruction entière duchâteau 11e fût la suite de celle du donjon, entravaient les efforts des démolisseurs. Lesaltercations qui naissaient de cette divergence de sentimens dégénérèrent bientôt envéritable hostilités. Des hommes inconnus , qui, dans toutes les crises de la révolution,se sont toujours mêlés parmi le peuple pour le pousser à de plus grands désordres ,augmentaient la confusion et le danger. De nouvelles troupes d’assaillans arrivaient àtout moment de Paris . Les propos incendiaires des uns , l’état d’anxiété des autres ,laissaient entrevoir que le village entier de Vincennes pouvait être la victime d’une luttequi paraissait évidemment dirigée par d’autres causes que celles qui se présentaientd’abord à l’esprit.

L’alarme avait été donnée à Paris ; on battait la générale dans quelques quartiers.Cependant une scène d’une nature différente se passait au château des Tuileries . Lanouvelle de l’évasion de Mesdames , la discussion orageuse qu’elle occasionna dansl’assemblée nationale , avaient augmenté l’agitation générale des esprits. Dé nombreuxattroupemens s’étaient formés le 24 dans le jardin des Tuileries pour demander que leroi ordonnât leur retour. La municipalité n’avait pu obtenir au nom de la loi la dispersionet la retraite des grouppes : il fallut le secours de la garde nationale. Un grand nombrede nobles, craignant pour les jours du roi , s’étaient donné rendez-vous au château desTuileries à l’entrée de la nuit. On a avancé que c’était pour favoriser l’évasion du roi ,ce qui est très-vraisemblable: leur but était peut-être aussi de le défendre en casd’attaque de la part des Orléanistes, et des brigands salariés par eux. Ces nobles étaientarmés de pistolets et de poignards 5 il y avait aussi parmi eux beaucoup de militairesnon nobles , et de chevaliers de Saint-Louis. La garde nationale chargée delà garde duchâteau était surprise de la rencontre fortuite de quantité d’hommes qui remplissaientles appartemens. Us étaient au nombre d’environ quatre cents. Cependant elle ne refusaitla porte à aucun de ceux qui se présentaient munis de la carte dont étaient porteurs tousceux qui formaient la société particulière du roi et de la reine.

Tandis que ce rassemblement avait lieu au château des Tuileries , celui qui s’étaitporté à Vincennes , et qui était composé d’ouvriers et d’habitans des faubourgs de Paris ,