CINQUANTE-QUATRIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
L’assemblée constituante avait envoyé au-devant de Louis XVI trois commissairespris dans son sein , chargés de protéger la personne du roi , celle de l’héritier présomptif dela couronne , et spécialement de veiller à ce que le respect dû à la dignité royale fût maintenu.
Le roi n’avait marché depuis Varennes qu’au milieu d’une troupe immense de gardesnationaux, armés de piques, de fusils, traînant après eux des canons, et répétant àchaque pas, Vive la nation ! Ce voyage fut une des raisons qu’il allégua lors de sonacceptation de la constitution : il lui avait servi, disait-il, à connaître l’assentiment desFrançais à la nouvelle forme du gouvernement.
Ce fut à Épernay qu’il fut joint par les commissaires de l’assemblée. Il avait avec luidans sa voiture sa femme , son fils, sa fille, sa sœur, et la gouvernante de son fils ; surle siège étaient trois ci-devant gardes-du-corps, MM. Valory, Dumoustier, et Maldent,déguisés en postillons. Les commissaires firent lecture aux fugitifs du décret qui établis-sait leur mission. Louis répondit en peu de mots, et témoigna sa sensibilité à l’attentionde l’assemblée pour la sûreté de sa personne et le maintien du respect dû à la dignitéroyale. On se remit en marche jusqu’à Dormans , où s’arrêta la nombreuse infanteriequi accompagnait les voitures. Elles ne furent plus escortées que par des cavaliers, quipermettaient de mettre dans la marche une rapidité que faisait croire nécessaire lebruit qui se répandait qu’on poursuivait Louis et qu’on voulait lui couper le passage.Ces rumeurs étaient sans fondement. M. de Bouillé n’était même pas allé jusqu’à Varennespour délivrer le roi , dont il avait appris l’arrestation ; cet officier, qui écrivait quelquesjours après à l’assemblée nationale une lettre menaçante (datée de Luxembourg ), où ilpromettait de ne pas laisser pierre sur pierre à Paris , de retour a Stenay , demanda laroute de l’abbaye d’Orval, et s’enfuit sur les terres de l’Empire avec MM/ Klinglinet d’Offeyse , tous les deux maréchaux de camp.
Pendant que le peuple se montrait si grand dans toutes les parties de la France ,ceux qui avaient spéculé sur la fuite du roi, et dont les projets avaient été déjouéspar la vigilance des citoyens, tâchèrent du moins de tirer des circonstances le meilleurparti possible. M. de Montmorin , ministre des affaires étrangères , fortement accusé de
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