DE LA RÉVOLUTION. 2I 5
couverte de sueur et de poussière , entoura les voitures , et exprima avec force , parses discours et par sa contenance , l’indignation qu’elle ressentait. La disposition desesprits effraya tellement les trois gardes-du-corps placés sur le siège de la voiture, qu’ilsdemandèrent la mort , et supplièrent qu’on ne les livrât pas à la fureur du peuple.Mais la garde nationale était bien éloignée , tout en les condamnant, de laisser attenterà leur vie. C’était à la loi de prononcer sur leur sort.
Il était sept heures du soir quand le cortège rentra dans Paris . Une multitude immense,répandue dans la place de la Révolution et dans les Champs-Elysées , couvrait la terre ,les toits , les arbres : mais cette multitude était immobile et silencieuse.
On avait affiché au faubourg St.-Antoine , Quiconque applaudira Louis XVIsera bâtonné ;quiconque l’insultera sera pendu. Nouvelle preuve de la justesse d’esprit du peuple , ouplutôt de ceux qui le dirigeaient, et qui sentaient que des applaudissemens et des outragesseraient également déplacés.
Seize pièces de canon , trente mille baïonnettes , des cohortes hérissées de piques ,entouraient, précédaient et suivaient les trois voitures. Le roi avait dans la sienne deuxcommissaires de l’assemblée (MM. Barnave et Pétion ); dans la seconde étaient deuxfemmes-de-chambre de ses enfans ’ 7 et la derniere , qui était le char de triomphe , portaitle garde national qui , avec tant de courage , avait arrêté les fugitifs à Varennes. Ellespassèrent au milieu de deux cents mille spectateurs de tout âge , de tout sexe , qui ,rangés en haie , dans un profond silence , voyaient défiler ce singulier cortège. A l’aspectde cette imposante gravité, on eût cru voir deux cents mille jurés observant des accuséset lisant leur faute dans leur contenance. Tout donnait l’idée de la justice , et rien n’offraitl’image de la vengeance.
Quand les fugitifs descendirent de voiture , ils tremblèrent à la vue de cette fouled’hommes qui annonçaient par leur contenance combien ils sentaient leur force 7 maison n’entendait retentir que ces cris , La loi ! la loi ! Ce tableau d’un peuple immense etsous les armes , qui tient les victimes sous son glaive et qui en appelle à la loi pour lespunir, est un des spectacles les plus frappans qu^offre l’histoire des nations , et le pluspropre à honorer la nation française aux yeux de l’univers. Heureuse si ses agitateurs nel’avaient trop souvent, dans la suite de la révolution , entraînée à des excès autant dignesde blâme , que son calme majestueux , au départ et au retour du roi , fut digne d’élogeset d’admiration !
L’assemblée constituante acheva la révision de l’acte constitutionnel, le samedi 3 sep-tembre 1791 , et l’envoya à l’acceptation du roi. La députation était de soixante commis-saires. Ce prince écrivit quelques jours après au corps législatif qu’il acceptait purementet simplement la constitution , et qu’il la ferait exécuter par tous les moyens qu'ellemettait en ses mains. En conséquence les procédures faites à l’occasion du voyage deVarennes furent annullées , et le monarque rétabli dans la portion de liberté dont il avaitété privé depuis cet évènement. M. de Lafayette donna sa démission de la place decommandant général de la garde nationale parisienne. Cette place fut supprimée , et lesfonctions en furent attribuées aux six commandans de légions , qui devaient les exercersuccessivement chacun pendant deux mois. La réunion des représentai qui rempla-cèrent les constituans fut appelée assemblée législative. A l’acceptation de la constitutionpar le roi finit la première révolution : celle qui va succéder n’a pas , helas ! éprouvémoins d’orages , qui fourniront le sujet d’autres tableaux.