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Tome premier.
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2i8 ta b. leaux historiques

à ses empereurs cet honneur qui n’était dû qu’au bienfaiteur des nations ; et si Titus etMarc Aurèle entrèrent dans l’Olympe , leur association avec Tibère , Caligula , Néron , etc.prouva trop que cet Olympe n’était pas exclusivement le séjour de la vertu. Ces deuxpeuples , dans leurs meilleurs choix , n’avaient rendu hommage qu’à des guerriers, qu’àdes princes : il était réservé à la nation française, régénérée, de décerner les honneurssuprêmes au poète philosophe qui n’avait exercé de pouvoir que celui du génie , et dontles exploits , attestés par la chute des préjugés , avaient été un bienfait pour l’univers.

Un officier municipal se rendit de Paris à Sellières pour y porter le décret du corpslégislatif. Il était temps qu’on le reçût. L’abbaye de Sellières mise en vente avait faitsentir la nécessité d’en retirer le dépôt précieux qu’elle renfermait ; tous les districtsvoisins étaient convenus de se partager les restes de Voltaire. C’est ainsi que sept villesde la Grèce se disputèrent l’honneur d’avoir vu naître Homère . Le décret mit fin auxprétentions mais non pas aux regrets de ces amis de la liberté.

La cérémonie de la translation présenta tout ce que la pompe antique et le concoursde toutes les classes d’un peuple libre peuvent réunir de plus majestueux et de plustouchant. A la tête du cortège on voyait des maires villageois en costume municipal :suivaient en longues files les gardes nationaux des environs , leurs fusils garnis debranches de chêne et de laurier. Une musique douce et champêtre jouait des airsattendrissans qui exprimaient le regret d’une séparation nécessaire ; ceux qui l’avaientpossédé se consolaient à peine de le perdre par l’idée de la gloire qui l’attendait auPanthéon . A chaque instant et de toutes parts arrivait un concours nouveau de citoyensqui jetaient des fleurs et présentaient des couronnes. Partout les plus touchans spectacles,les émotions les plus vives : les meres soulevant leurs enfans dans leurs bras pour leurimprimer le souvenir de cet évènement glorieux 5 les femmes faisant religieusementtoucher au sarcophage des linges qu’elles baisaient et qu’elles emportaient avec respect ;des vieillards aux pas tardifs , suivant des yeux le cortège , levant les mains au ciel , etle bénissant de vivre encore pour être témoins d’un si beau spectacle ; en un mot tousles âges , toutes les classes de la société , confondant leurs hommages , parceque tousavaient éprouvé les bienfaits du grand homme. Les chemins étaient applanis , des arcsde triomphe dressés sur son passage. Les villageois , les bûcherons les ornaient de fleurs,de verdures , de guirlandes simples comme leurs cœurs ; le soir , des flambeaux, desilluminations traçaient la route qu’il devait suivre : la nuit, des dômes de feuillagescouvraient sa tête : on craignait de 11e pas lui témoigner assez le respect et la vénérationqu’il inspirait.

Le char qui le portait était moitié champêtre , moitié triomphal : haut d’environvingt pieds , il était monté sur quatre roues et traîné par quatre chevaux. Des anglesde ce char s’élevaient quatre pilastres de marbre blanc , garnis de draperies relevéesavec grâce , et enlacés de guirlandes de fleurs. Ces supports étaient couronnés par unbaldaquin sur le haut duquel flottaient les couleurs nationales. Chaque colonne par desanneaux et des rubans soutenait le sarcophage , qui se trouvait mollement balancé sousdes guirlandes de roses. Une galerie à l’entour était ombragée par des peupliers , descyprès , des hêtres et des ormeaux : on eût dit que c’était une forêt ambulante , ouplutôt le bois sacré de l’Hélicon animé par la présence du dieu des vers.

C’est ainsi qu’à travers les applaudissemens universels , les danses , les concerts, ils’avança vers Paris, peu de jours après que Louis XVI y fut rentré. Ces deux époques,si rapprochées et si différentes , établirent enfin victorieusement le triomphe du génie surla naissance.

Le sarcophage passa la nuit sur l’emplacement de la Bastille. On voulait que les mânesde Voltaire fussent en quelque sorte témoins de la ruine de cette forteresse où ledespotisme ministériel l’avait renfermé. Quelle différence de ces temps à celui de son