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Tome premier.
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DE LA RÉVOLUTION. 22 3

contre la révolution française fit oublier à l’Espagne et à l’Angleterre leurs intérêtsrespectifs , et elles se réunirent contre nous.

Tel était l’esprit des principales couronnes de l’Europe . Il en résulte que l’assembléenationale fit paraître une grande sagesse en usant d’indulgence envers Louis XVI , aulieu d’exposer la France à tous les troubles qui auraient éclaté infailliblement, soitparceque le parti d’Orléans aurait voulu l’élever à la régence , soit parcequ’il n’y eûtjamais eu assez d’unité et d’ensemble dans le nouveau gouvernement, qui n’aurait pas eule temps de se consolider dans un moment où toute l’Europe venait de se liguer contrenous.

Cependant dès le r 4 un grand nombre de citoyens avaient présenté à l’assemblée unepétition sur l’objet qui occupait alors tous les esprits , le jugement du roi. Cette pétitionn’ayant point été accueillie , ils convoquèrent, au Champ-de-Mars , le 17 , une assembléede tous ceux qui partageaient leur opinion tendante à faire prononcer la déchéance duroi. Les pétitionnaires se rendirent à l’autel de la patrie , élevé au milieu du Champ-de-Mars . Là fut signée par plus de six mille personnes cette fameuse pétition. Elle portaitqu’il était urgent de statuer sur le sort du roi; que le vœu du peuple devait diriger sesmandataires ; que la protestation , le parjure , et la désertion , emportaient l’abdication ;que l’assemblée l’avait jugé ainsi en s’emparant du pouvoir exécutif ; que de nouvellespromesses ne seraient pas une garantie suffisante ; qu’ils ne reconnaîtraient jamais Louisni aucun autre pour roi, etc. t

L’assemblée nationale , instruite qu’il se formait des rassemblemens pour s’opposerau décret rendu la veille en faveur du roi, jugeant que toute opposition qui prenait uncaractère de résistance à la loi devenait répréhensible , ordonna au département et à lamunicipalité de poursuivre ces rassemblemens par tous les moyens que la constitutionavait mis entre leurs mains. Le corps municipal avait, dès le matin, employé (1) inuti-lement tous les moyens de persuasion pour parvenir à dissiper l’attroupement. Cependantune scène sanglante qui déjà se passait au champ de la fédération appelait de plus enplus la vigilance des magistrats. Un invalide , suivi d’un perruquier , avait trouvé lemoyen de pénétrer sous l’autel de la patrie. A l’instant où l’autel était couvert d’un grandnombre d’hommes et de femmes , quelqu’un sentit son pied piqué par un instrument aigu :on regarde , et l’on aperçoit ces deux hommes qui cherchaient à percer les planches , sansdoute avec des desseins plus indécens que criminels. Les esprits étaient dans la fermen-tation ; on crut que ces malheureux voulaient faire sauter les pétitionnaires. Ils sonttraînés'à la section du Gros-Caillou ; là , condamnés à la prison. A peine sortent-ils pours’y rendre que la multitude furieuse se jette sur eux , descend un réverbère , les pend ,et les décapite. La municipalité envoie trois de ses membres pour rétablir l’ordre. Lamajorité du rassemblement, consternée de cet évènement horrible , s’était dissipée ; maisvers le soir on se réunit de nouveau. Alors la municipalité , qui se vit forcée de publierla loi martiale , déploie le drapeau , fait battre la générale, et se met en marche , precedeepar la cavalerie , et suivie de plusieurs bataillons avec leurs canons chargés. Les officiersmunicipaux s’avancent pour faire les sommations prescrites par la loi : les clameurs lesempêchent de se faire entendre. Il y a plus ; on crie : A bas le drapeau rouge; point de baïon-nettes. Au même instant la municipalité et la garde nationale sont assaillies d une grelede pierres. Un des hommes attroupés tire un coup de pistolet dirigé contre a munici-palité et dont la balle , après avoir passé derrière le maire ( M. Bailly ), perça la cuissed’un dragon de la troupe de ligne , qui s’était réuni à la garde nationale, et qui est mortde cette blessure. Alors la garde nationale fait feu sur le glacis d où le coup de pistolet

( i ) Voyez le Mémoire de M. Bailly , réimprimé dans l’Histoire secrète de la Révolution par Pagès.