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Tome premier.
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TABLEAUX HISTORIQUESsociétés formaient une puissance rivale , et trop souvent supérieure même à l’assembléenationale , parcequ’elles dirigeaient à leur gré le sceptre de l’opinion publique (i).

Le numéraire manquait en France , et il était aisé de prévoir que l’abus que l’onferait des assignats réduirait bientôt cette ressource à peu de chose. Le tableau de laFrance à cette époque ne présentait qu’un côté consolant. A mesure qu’on avait vu desbrigands se répandre dans les provinces, brûler les propriétés sans même distinguer leparti que tenaient les propriétaires ; ces excès, allumant partout le zèle des bons citoyenspour la sûreté commune, amenaient dans chaque municipalité des hommes disposés àsacrifier leur temps et leurs veilles pour rétablir ou maintenir la tranquillité dans lesvilles et dans les campagnes : ils ramenaient la multitude aux vrais principes ; insensi-blement tous les propriétaires s’étaient armés pour la défense générale. Ce fut par cettemasse de résistance que la France évita alors , et qu’elle a évité depuis , la subversiontotale dont elle était menacée.

L’Europe présentait à cette époque le plus étonnant spectacle. Tandis que la France ,luttant contre elle-même, c’est-à-dire , voyant une partie de ses citoyens armée contrel’autre , craignait la coalition des puissances , les Anglais , qui cherchaient à soulevertoutes les couronnes contre notre révolution , ou plutôt sous le prétexte de cette révo-lution , ouvraient une souscription pour le soutien de la révolution polonaise, fondéesur les mêmes bases que la nôtre, et le fameux Burke lui-même, dans sa Philippiquecontre la révolution de France , en vouant à l’exécration de son pays et des générationsfutures les changemens politiques opérés sur les bords de la Seine , approuvait ceux quise préparaient sur les rives de la Vistule .

Les ministres anglais ne se contentaient pas d’armer l’Europe contre la France ; leursémissaires, soufflant le feu de la discorde dans les colonies françaises d’Amérique , inter-ceptaient ces vastes moyens de prospérité nationale qui naissaient des échanges entre cescolonies et leur métropole. Pitt prodiguait encore l’or en France pour fomenter nosdivisions intérieures; on sait que les guinées étaient alors une monnaie très-communedans Paris . Les prétentions prématurées et exagérées des hommes de couleur, et leshauteurs impolitiques des Colons , furent les élèmens dont se servirent nos ennemis pourembraser la superbe colonie de Saint-Domingue.

La guerre fomentée par les Anglais entre les Ottomans et les Russes continuait avecdes succès différens. L’empereur Joseph II s’était réuni aux Russes contre les Turcs.Ainsi les embarras dans lesquels la cour de Vienne se trouvait entraînée l’empêchaientde porter encore , d’une manière bien efficace , ses regards vers la partie occidentale del’Europe. Le roi de Prusse , allié des Anglais , venait de contracter un traité défensifavec la Pologne , pour la trahir ensuite plus sûrement peu de temps après. En mêmetemps l’Autriche , la Prusse et l’Angleterre, se coalisaient à Pilnitz, contre la France .

Si l’on peut dire que l’esprit de fédérations , d’alliances déclarées ou secrètes entreles souverains , forme un des traits caractéristiques de ce siècle , il faut ajouter uneobservation encore plus remarquable, et non moins véritable ; c’est que toutes cesalliances étaient monstrueuses , c’est-à-dire , contre les intérêts permanens et naturelsde toutes ces puissances , entre autres l’union de l’Autriche et de la Prusse. Une autreunion non moins étonnante, sous ce point de vue , fut celle de l’Espagne avec l’Angle-terre. On sait qu’on ne parlait de rien moins dans le parlement de Londres que deconquérir l’Amérique espagnole. Deux flottes nombreuses s’assemblaient à Portsmouth ,l’une commandée par le lord Howe, et l’autre par l’amiral Cornish. Cependant la haine

(1 ) Ce serait un excellent livre que celui qui indiquerait les moyens de distinguer l’opinion publiqued’avec celle des différens partis qui se prévalent de ce nom»