CINQUANTE-HUITIÈME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
Po u R connaître dans tous ses détails une révolution comme celle de la France , il estnécessaire de quitter souvent le principal théâtre des évènemens politiques. Si Paris estl’abrégé de la France , s’il offre la réunion des citoyens , et, par une suite nécessaire, ?celle des opinions de tous les départemens , il est hors de doute que ce mélange , quece croisement de sentimens divers, donnent en dernier résultat aux habitans de Paris un caractère mixte , inévitable effet d’une grande population. On peut trouver dans lesgrandes villes les vertus , fruit de l’ordre social ; on peut y pratiquer la justice , si né-cessaire à celui qui possède légitimement ; l’égalité, la liberté civile même, peuvent s’yrencontrer -, mais c’est dans un sol encore vierge , c’est en présence de la nature, ques’élanceront ces passions ardentes , cette exaltation généreuse ( matériaux si précieux dansles mains du législateur habile ), qui peuvent conduire au crime comme à la vertu , maisqui n’en seront pas moins le mobile de tout ce qu’il peut y avoir de grand et d’admirabledans les actions humaines. L’histoire de tous les siècles confirme cette vérité ; celle de larévolution française l’appuie plus particulièrement encore. Au patriotisme brûlant etsoutenu des deux extrémités de la république , à cet élan simultané qui dément si bienla prétendue influence du sol et de la température, opposez le fanatisme , la guerrecivile et ses horreurs , et vous aurez porté le décret d’accusation contre le législateurinexpérimenté qui, en faisant des lois , n’aurait pas suffisamment consulté le génie, leshabitudes , et jusqu’aux préjugés de ceux qui devaient y obéir.
Parmi les départemens où s’est fait sentir avec le plus de force cet empire des passions,ceux du Midi peuvent fournir le plus de remarques importantes. L’observateur y verral’effervescence des passions portée à son dernier période. Les troubles d’Arles, de Nîmes ,de Montpellier , le camp de Jalès , sont des monumens trop fameux de l’égarement deshabitans de ces brûlantes contrées. La seule Marseille , par l’empire de son nom autantque par ses bataillons déjà républicains , arrêta plus d’une fois la contre-revolution dansle Midi. Mais nul pays , dans cette partie de la France , ne montra, plus qu’Avignon etle Contât venaissin, ces différences d’opinions que les révolutions enfantent, et qui desfrères les plus unis font souvent des ennemis implacables. Totalement enclavés dans la
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