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Tome premier.
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2 3o tableaux historiques

France , ces deux petits états avaient pris nécessairement les mœurs, les usages desprovinces qui les environnaient. Appelés par la nature et par les convenances politiquesà partager les lois du peuple qui leur avait donné son langage , et qui pourvoyait àleurs besoins , ils avaient peu ressenti l’influence du gouvernement ultramontain dont ilsétaient sujets. Vendus par Jeanne de Naples à Clément VI , en i 348 , pour 86,000 florinsd’or, d’autres disent pour prix de l’absolution de l’assassinat de son époux, ils avaientété plusieurs fois confisqués par les rois de France , dans leurs démêlés avec le St.-Siége?et ce n’était que le respect intéressé que lui conservaient tous les rois de l’Europe quiavait pu empêcher ceux de France de joindre à leurs états une propriété si fort à leurconvenance.

Notre révolution ne pouvait pas manquer de remettre dans ses droits un peuple dontla souveraineté avait été acquise à prix d’argent , et qui , entouré de toutes les forcesd’un grand empire , n’avait rien à craindre de l’impuissant courroux d’un maître éloigné :aussi , dès 1789 , Avignon et le Comtat témoignèrent-ils le désir d’être réunis à la France .Ce vœu ne fut contrarié que par la noblesse et les ecclésiastiques , c’est-à-dire , par ceuxqui tenaient du gouvernement papal leurs privilèges et leurs richesses , et qui, déses-pérant bientôt de résister avec succès , se retirèrent en Italie . La question de la réunionfut agitée en 1790 dans l’assemblée constituante , où elle échoua. On craignit d’attaquerle temporel d’un prince avec qui l’on voulait entretenir des affinités spirituelles ; et cetteconsidération prévalut sur les droits de la nature et de la société , qui permettent sanscontredit à chaque peuple de choisir le gouvernement et l’association qui lui conviennent.

Ceux qui avaient fait rendre ce décret surent bien le mettre à profit. Dès-lors ilsfomentèrent entre Avignon et Carpentras d’anciennes divisions que les circonstancesétaient bien propres à renouveler. Insinuations, menaces, miracles, tous les moyensfurent employés , et produisirent enfin la guerre civile. Dans le courant de 1790 , uneassemblée électorale s’était formée dans Avignon , à l’imitation de celle de France -, unemunicipalité y avait été organisée ; et ces deux autorités s’étaient occupées à recueillirlégalement le vœu des communes. Alors les passions mises en mouvement ne purentplus être contenues. A l’opposition dans les opinions succédèrent les violences ; et ellesfurent poussées à un tel excès , qu’il semblait que la destruction totale du pays devaiten être la suite. La journée du 10 juin 1790 ne peut qu’être déshonorante pour unpeuple qui aspire à la liberté fondée sur les lois , en même temps qu’elle est affligeantepour l’humanité.

L’assemblée électorale ayant cru devoir former une armée pour protéger ses opéra-tions , et pour soumettre la résistance des opposans à la réunion, cette armée , dite deVaucluse , composée en grande partie de déserteurs des régimens français , n’usa dupouvoir qu’on lui confiait que pour piller ce malheureux pays, et pour massacrer sanspitié tous ceux à qui elle imputait des sentimens opposés à ceux des Avignonais . Lesmaisons de campagne brûlées , les vignes arrachées, les vieillards, les enfans égorgés ;tels furent les exploits de cette horde de Tartares , qui, presque dès sa formation,fusilla son général Patris parcequ’il avait facilité l’évasion d’une de leurs victimes. Car-pentras était connu pour renfermer un grand nombre de ceux qui avaient refusé de voterpour la France: ce prétexte suffit pour décider sa ruine. Uarmée de Vaucluse , ayantalors pour général Jourdan (1), qui prenait l’horrible surnom de coupe-tête, se présentadevant Carpentras avec une nombreuse artillerie. Quatre fois ils en tentèrent le siège,quatre fois ils furent repoussés par les habitans. La guerre civile se produisit dans

( 1 ) Il faut bien se garder de confondre cet être féroce avec Jourdan le vainqueur de Fleuras ,aujourd’hui membre du corps législatif.