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calomnier le généreux magistrat qui était l’objet de la cérémonie du 3 juin ; maisl’erreur, ou l’esprit de parti, répandit en vain quelques ombres sur sa vertu : elle adéjà vaincu la calomnie ; et plus les Français avanceront en esprit public , en véritableconnaissance de la liberté, plus ils admireront Simoneau.
Depuis plusieurs jours les habitans des communes voisines d’Etampes s’étaient livrésà des mouvemens tumultueux, occasionnés par le renchérissement des grains. Le grandprincipe de la circulation et de la vente libre avait été consacré par l’assemblée consti-tuante : mais des circonstances difficiles , et surtout le grand nombre des Orléanistes ,s’opposaient aux heureux effets de cette loi salutaire -, les difficultés qu’éprouva la circu-lation des grains entraînèrent leur renchérissement. Les agitateurs l’avaient bien prévu,et ils en profitèrent pour égarer les trop crédules villageois. Plusieurs fois le maired’Etampes avait résisté aux demandes qu’on lui faisait de fixer une taxe. Le 2 mars onl’avertit qu’il devait s’attendre à de plus grands efforts et même à des violences pourle marché du lendemain. Simoneau , tranquille , et croyant que chacun ferait son devoircomme il était résolu de le faire lui-même, regarda ces bruits comme exagérés par lapeur, et attendit le jour suivant sans inquiétude. Il répondit aux ouvriers nombreux deses ateliers qui lui proposaient de lui servir d’escorte : Non , mes amis, je ne puis acceptervotre secours. La loi a désigné ceux qui doivent me protéger ; ce serait leur faire injure que dechercher un autre appui. Le lendemain, accompagné seulement de quelques cavaliers deBerri et de la garde nationale, réduite à un fort petit nombre d’hommes , il se préparaà braver l’orage qui s’approchait. En effet, une multitude d’hommes armés descendirentvers Êtampes , à l’heure du marché. Ils y pénétrèrent malgré la résistance de la gardenationale, entraînèrent avec eux la municipalité, qu’ils avaient rencontrée à la porte dela ville ; et, arrivés sur la place , ils voulurent la forcer à taxer les grains et à faireouvrir les greniers. Simoneau leur représenta vainement que le marché était suffisam-ment garni, que le prix était modéré. Ces furieux } poussant des cris terribles, couchèrenten joue les officiers municipaux. La fermeté du maire n’en fut point abattue. Vous pouvezme massacrer, dit-il, mais vous ne me ferez point manquer a mon devoir. Enfin, pressé parune foule immense , entouré de fusils, de baïonnettes , d’armes sans nombre dirigéescontre lui, le courageux Simoneau menaça les rebelles de la loi martiale. Dans cet instantla cavalerie fit un mouvement pour mettre dans ses rangs le corps municipal : mais iln’était plus temps, et Simoneau venait de tomber, percé d’une balle dans le flanc etd’une autre dans la tempe. Le procureur de la commune et un cavalier furent blesséspar la même décharge.
Le corps législatif, à cette funeste nouvelle, décréta 'qu’il serait fait une pension àla veuve et aux enfans de Simoneau , et qu’une pyramide serait élevée sur la place dumarché d’Étampes pour consacrer ce généreux dévouement. Le pouvoir exécutif s’em-pressa aussi d’honorer la mémoire de cette illustre victime du zèle que tout magistratdoit apporter au maintien, à l’exécution stricte de la loi. Il voulut donner d’autant plusd’éclat à cette imposante cérémonie, qu’il y voyait avec raison un de ces grands moyensque les gouvernemens ne devraient jamais négliger , celui d’attacher le peuple à saconstitution, et de le mettre en garde contre ses véritables ennemis, c’est-à-dire, contreceux qui le portent au désordre et au brigandage. On joignit à la plus grande pompemilitaire , à une réunion de plus de quarante mille hommes, des gardes nationales etdes troupes de ligne , toutes sous les armes, des ministres de la religion, afin que toutconcourût à augmenter la vénération, et à rendre l’effet de ce triomphe de la loi plusfrappant et plus sûr. Quelle impression un tel spectacle ne devait-il pas faire, soit surles guerriers qui en étaient les témoins, soit sur le peuple qui voyait avec tant d’appareil,et en même t^nps avec tant de justice, honorer une victime qui n’avait été immolée