SOIXANTE-TROISIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
COMMÉMORATION DE LA PRISE DE LA BASTILLE,
LE 14 JUILLET 1792.
Le 14 juillet 1790 avoit offert au monde un spectacle jusqu’alors inconnu , celui d’unegrande nation se félicitant de la conquête de sa liberté , et rassemblant toutes les forcesdu corps politique comme un rempart inexpugnable que rien ne pouvoit ébranler. Lajoie, la fraternité, la confiance réciproque , qui avoient accompagné cette fête fédérative,prouvoient suffisamment l’utilité de son institution 5 et le corps législatif avoit décrétéque tous les ans , à pareil jour , seroit célébré l’anniversaire de cet évènement mémo-rable , qui lui-même en rappeloit un autre encore plus glorieux pour les Français . Lesdesseins perfides de quelques hommes qui dominoient en 1791, et la direction qu’ilsvouloient donner à l’esprit public , avoient fait dégénérer cette fête , qui devoit offrirtous les Français rassemblés , en une promenade militaire des gardes nationales dudépartement de Paris . Il étoit réservé à l’année 1792 de ramener cette institution à labeauté de son origine, et d’offrir enfin des Fédérés dans le champ et à la fête de laFédération. 1
On avoit décrété qu’il seroit formé un camp de volontaires nationaux à Soissons .Obligés , pour la plupart, de passer par Paris pour s’y rendre , il s’y trouvèrent àl’époque du 14 juillet. Ils étoient nombreux 5 ceux qui les suivoient l’étoient encoredavantage. Us portoient dans leurs âmes cet ardent amour de la liberté , qui devoitnaturellement s’enflammer davantage à la vue des dangers que couroit la patrie , soitpar l’invasion de son territoire alors occupé en partie par les armées coalisées , soit parles divisions et les factions du dedans. Nos premiers évènements militaires n’avoientpas été heureux pour nous ; nos troupes s’étoient retirées avec perte de l’attaque qu’ellesavoient tentée sur Mons et sur Tournay. Les villes de Longwi et de Verdun avoient ouvertleurs portes aux Prussiens , qui se répandoient dans les plaines de la Champagne . Levieux général Luckner, qu’on avoit substitué à M. de Rochambeau, dont l’armée avoitjusqu’alors presque toujours fait retraite devant les Autrichiens, s’étoit vainement avancévers la West-Flandres, et emparé d’Ypres, Menin et Courtray *. on avoit été obligé de le
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