a 5 o TABLEAUX HISTORIQUES
rappeler pour la défense de l’intérieur. Il n’en falloit pas davantage pour faire crier à latrahison, et pour donner aux Orléanistes et à tous les agitateurs des différents partis denouveaux-prétextes pour tout désorganiser. Thuriot déclara dans le sein du corps législatifqu’on vouloit mettre la F rance à la merci de la puissance militaire ; que c’étoit-là le butqu’on s’étoit proposé en faisant rentrer les armées dans l’intérieur \ qu’on vouloit surtoutréduire Paris par la force des armes , et punir tous les citoyens qui avoient eu part àl’insurrection du 20 juin. Il dénonça tout l’état-major de la garde nationale comme partisande ce syterne : « Vous avez une grande mesure à prendre , s’écrioit-il , c’est de renouveler» tout l’état-major ,,et de le faire nommer par tous les citoyens de Paris . La patrie est» en danger. Levez-vous , mais soyez confiants. Marchez sous l’étendard de la loi ; mais» marchez, il est temps. Après avoir décrété le licenciement de l’état-major et la perma-» nence des sections , je demande que tout le monde soit prêt, et qu’on déclare à la France » entière que la patrie est en danger. »
Cet appel à l’insurrection fut entendu, couvert à plusieurs reprises des plus violentsapplaudissements -, et l’état-major fut licencié. On put dès-lors regarder ce premier coupporté à la garde nationale comme le signe certain de sa prochaine dissolution. Aprèslui avoir ainsi ôté ses chefs , on attaqua les compagnies de grenadiers et de chasseurs.Ensuite oh reprit dans l’assemblée la motion de déclarer que la patrie étoit en danger.Thuriot l’appuya , et motiva son avis sur l’opposition que le roi avoit manifestée à ladéclaration de guerre ; il demanda que la conduite du général Lafayette fût promptementexaminée. En vain Dumas discuta en militaire la même question j en vain il s’efforçade prouver que la retraite de l’armée sous le canon de Valenciennes et de Lille n’avoitpour but que la défense de l’intérieur : il ne fit que peu d’effet , ou plutôt il ne fitqu’irriter des passions que rien ne pouvoit calmer.ll fut alors aisé de voir que les ministresétoient proscrits , et que M. de Lafayette anéantiroit les jacobins , ou qu’il seroit écrasépar eux. On agita plus que jamais la population de Paris . Au milieu cependant de toutesces crises , Lamourette, évêque constitutionnel de Lyon , tenta de réunir tous les partis.
« On vous propose et on vous proposera , dit-il au corps législatif, des mesures extraor-» dinaires pour arrêter les divisions qui déchirent la France : mais de ces mesures il» n’en est aucune qui puisse atteindre le but, parceque l’on a négligé de remonter à la» véritable source de nos maux. Cette source , qu’il faut tarir à quelque prix que ce soit,
» c’est la division de l’assemblée nationale. La position du corps législatif est le véritable» thermomètre de la nation. Eh quoi ! vous tenez dans vos mains la clef du salut public ;
» vous cherchez péniblement ce salut dans des lois incertaines , et vous vous refusez aux» moyens de rétablir dans votre sein la paix et l’union S J’ai souvent entendu dire que ce» rapprochement étoit impraticable : ces mots m’ont fait frémir ; je les ai regardés» comme une injure faite à tous les membres de l’assemblée. Jamais rapprochement n’est» impraticable, si ce n’est entre le vice et la vertu. X<es gens honnêtes ont beau être» divisés d’opinion , et se débattre sur les moyens de parvenir au même but , ils ne» mettent ni passions ni haines dans leurs discussions , et ils se rapprochent quand il» s’agit du salut commun. Oui , il ne tient qu’à vous de ménager un moment bien beau et» bien solemnel , et d’offrir à la France et à l’Europe un spectacle aussi redoutable pour» vos ennemis , que doux et attendrissant pour tous les amis de la liberté. Je demande