général en chef , qui résidoit à Coblentz , un peu loin de son armée , transmettaitde là ses ordres à son lieutenant-général Dusaillant, qui les communiquoit sans douteaux deux ou trois cents hommes qui composoient toutes ses forces. Si l’on avoit le tempsd’insister sur les détails des projets de ces nouveaux contre-révolutionnaires , on y verroittoutes les petitesses et les prétentions de leur ancienne puissance , formant une étrangedisparate avec leur foiblesse et leur nullité présente.
M. Dusaillant, qui étoit errant depuis trois mois , se déclara enfin , au commencementde juillet, à l’instant où il sut que les ennemis alloient pénétrer en France . Dansune proclamation qu’il publia , il ordonnoit aux prêtres et aux moines de rentrer dansleurs biens , d’arrêter sur-le-champ tous les patriotes , feuillants ou jacobins ; il assuroitqu’il avoit 3o,ooo hommes armés dans les Cévennes , qui alloient se joindre à lui , etc. ;et toutes ces proclamations , ou plutôt ces folies , étaient signées , Le comte Dusaillant ,lieutenant-général, etc. , gouverneur , pour le roi, du Vivarais , etc. En attendant que tousles vrais Français se réunissent à lui , il se met à la tête de sa troupe , et s’empare duchâteau de Jalès 5 il va ensuite former le siégé de celui de Bannes où l’on entretenoitune petite garnison. Réduite à l’extrémité par le défaut de munitions , elle est forcéede se rendre. Ce coup audacieux décida la perte des rebelles. Le directoire du dépar-tement de l’Ardêche, sans attendre les ordres du directoire exécutif, requiert la gardenationale de son ressort , et invite les départements voisins à lui fournir le secours dela leur. Celui du Gard lui envoie un corps de troupes avec du canon , qui, à sonentrée dans l’Ardèche , foudroie le village de Sain t-André où les rebelles a v oien tétabli un poste de quelque importance. Ils se réfugient à Bannes : les patriotes enforment le siégé j il est pris , les insurgés passés au fil de l’épée 5 et ce château , ainsique celui de Jalès , est livré aux flammes. Sur leurs décombres fumants les vainqueursprononcent, le i4 juillet, le serment de vivre libres ou mourir ; serment qu’ils venoientdéjà d’accomplir, en s’exposant courageusement à la mort pour vaincre les ennemis dela liberté.
M. Dusaillant s’étoit enfui avec quelques-uns des siens. Arrêté près la communed’Évan , par un vétéran du régiment de Hainaut, nommé Hyacinte Laurent , il est -conduit avec ses quatre compagnons devant le juge de paix. Il se donna d’abord pourle curé de Barjac ; mais craignant qu’on ne le découvrît en visitant ses papiers , ildemande à sortir un instant , et descend dans une écurie , où il cache son porte-feuille.Le vétéran l’y avoit accompagné ; il avoit observé tous ses mouvements et apperçu cequ’il avoit fait 5 l’ayant laissé remonter , il retourna dans l’écurie , où il trouva leporte-feuille. M. Dusaillant découvert, offrit à Laurent 75 louis d’or , et sa croix militaire,pour qu’il le laissât s’enfuir. Le vertueux soldat refusa l’or , et remit les cinq rebellesentre les mains de quinze hommes , qui les conduisirent à Chambonas , où étoit réuniel’armée française . A leur vue , il fut impossible de retenir la fureur des soldats , qui ,dans ce moment, ternirent leurs lauriers en massacrant illégalement ces cinq malheureux,qui , désarmés et prisonniers , dévoient être sacrés pour eux.
L’assemblée législative décréta que le directoire du département de l’Ardèche , lagarde nationale , et Hyacinthe Laurent, avoient bien mérité de la patrie. Ils étaientbien dignes sans doute de cette récompense pour avoir préservé le Midi de la guerre