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Tome premier.
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254 TABLEAUX HISTORIQUES

faire 5 et cétait à lentrée des ennemis en France que les conjurés du dedans dévoientéclater, afin que, pressée par tant de maux à-la-fois , elle ne put résister aux coupsquon lui portait

Lassemblée constituante avoit prêté peu dattention à ces séditions partielles quisétaient pourtant allumées dans plusieurs parties de la France . Elle sen était fiée pourles éteindre au zele des citoyens , dont la grande majorité , déclarée pour la révolution ,se livroit avec joie aux fatigues , aux dangers , pour réprimer ses ennemis. O sublimedévouement ! ô jours de gloire des Français ! vous suffiriez pour placer honorablementleur nom dans lhistoire , quand il ny seroit pas inscrit à tant dautres titres. Des milliersde citoyens , souvent très-pauvres , échauffés par les premiers rayons de liberté, jurentde mourir pour elle , échangent leur fortune contre des armes , des munitions, desuniformes , quittent leurs foyers , leurs états , leurs familles *, et, nouveaux guerriers ,ils montrent une valeur qui supplée à lexpérience qui leur manque. Combats , sieges ,rien ne les effraie. Oh ! si lassemblée constitutante avoit senti alors la nécessité dunemarche ferme et dune sévérité inflexible ! composée de talents si rares , guidée par laphilosophie, appuyée de lamour , de lenthousiasme de tous les citoyens , quelle eûtépargné de maux à la France !

Lévènement dont nous offrons le tableau est un exemple remarquable de la conduiteque nous reprochons à lassemblée constituante et à la législative. Les rebelles delArdèche , qui sintituloient Confédérés de Jalès , conspirèrent presque impunémentpendant plusieurs mois , sous les yeux des corps constitués , qui nétoient pas suffi-samment autorisés pour réprimer leurs complots. Le corps législatif, à qui ils commu-niquoient leurs alarmes , ne soccupoit point de les faire cesser. En effet, était-ce unmoyen bien efficace que celui de renvoyer toutes les dénonciations au pouvoir exécutif,qui, non seulement, navoit pas une grande influence , mais quon étoit sur le point derenverser entièrement ? Nous allons donner ici une preuve sans réplique du peudharmonie qui régnoit alors entre les pouvoirs constitués , et de lautori que prenoitlassemblée législa tive sur le pouvoir exécutif délégué au roi par la constitution. Elleexigea de lui quil prononçât sur un arrêté du directoire du département de Paris ,qui suspendoit de leurs fonctions Pétion et Manuel : elle déclara que cette affaire neconcernoit que le roi 5 et néanmoins à peine eut-il confirmé la décision du département,que lassemblée se ressaisit de cette affaire , et annulla ce que le roi avoit approuvé. Ilfaut avouer aussi , tant la position de la France étoit embarrassante alors, que lassembléene pouvoit guere sen rapporter à un pouvoir exécutif dont le chef avoit marqué , parsa fuite vers Varennes , sa haine pour la révolution. Lassemblée législative , presséepar des plaintes multipliées , décréta daccusation Dusaillant , le principal chef desrévoltés : mais on ne put réussir à larrêter. Les freres de Louis XVI , qui, commenous lavons déjà dit, avoient lié le plan de contre-révolution de lintérieur à celui delinvasion de la France parles puissances coalisées, avoient nommé , outre M. Dusaillant,un général en chef à cette armée. Ce général étoit un comte de Comwai , Anglais , qui ,en qualité de noble et de fidele sujet de son roi , étoit venu offrir son bras et sonépée pour le rétablissement de la noblesse et de la monarchie en France : les noblesde lArdêche furent cependant fâchés de voir un étranger à leur tête ; et , sans leursoumission aux princes qui avoient fait ce choix , ils ne lauroient pas agréé. Ce