SOIXANTE-SIXIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
J J epuis la journée du 20 juin, qui avoit été provoquée non seulement par les vraispatriotes, mais aussi, quoique dans d’autres vues, par les orléanistes et les brissotins,ces deux factions s’étoient divisées , soit que les derniers reconnussent enfin leprofond abyme où tant d’excès alloient plonger la France , soit qu’ils commençassentà craindre que le duc d’Orléans ne s’élevât sur un trône que quelques uns d’entreeux destinoient au duc d’Yorck , d’autres au duc de Brunswick : car on avoit beaurépandre alors dans le public les idées d’un gouvernement républicain, il est certainque les chefs de tous les partis , excepté les feuillants et les constitutionnels , nevouloient qu’un changement de dynastie. Mais les jacobins et les côrdeliers, qui nese désunirent que long-temps après cette époque, et qui étoient puissamment secondéspar l’or du duc d’Orléans , avoient auprès du peuple un bien plus grand ascendantque les girondins. Dès-lors on dut prévoir que ces derniers seroient bientôt lesdupes et les victimes des mesures extrêmes qu’ils avoient été les premiers à provoquer.Ce qu’il y a de certain , c’est que la haine qui s’établit entre ces deux nouveauxpartis devint plus violente encore que celle qui divisoit les jacobins et les feuillants.Les partisans de d’Orléans et de Robespierre regardoient ou affectoient de regarderceux de Brissot et de la Gironde comme des déserteurs de leur cause , tandis queles feuillants n’étoient pour eux, disoient-ils, que des ennemis déclarés, dont aumoins ils n’avoient pas à rédouter la perfidie. C’est d’après ces idées qu’ils se tracèrentun nouveau plan de conduite, dont le but étoit d’envelopper les uns et les autresdans la même proscription. C’est ainsi qu’alors la révolution n’étoit conduite que pardes hommes en proie aux passions les plus furieuses, la vengeance et l’ambition, et
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