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des maximes les plus populaires pour en faire le fondement de leur domination. Là,à des gens recommandables par leurs mœurs , par leurs lumières, qui ne reculoientdevant la révolution qui se préparoit, que parcequ’ils prévoyoien| trop bien lesdésordres qui en seroient la suite , se joignoient des énergumenes, fanatiques prêtsà périr pour l’ancien régime dont ils n’eussent pas voulu voir réformer un seul abus.Mais il faut sur-tout calculer cette immense et funeste faction d’Orléans dont la justecrainte a peut-être forcé la cour à tant de fausses démarches, et dont les ramifications,au moyen des sociétés populaires , s’étendoient d’un bout de l’empire à l’autre. Parune fatalité cruelle, l’ignorance et la barbarie ont seules profité pendant long-tempsdu triomphe remporté sur le trône; et le premier qui ait osé (en 1791 ) écrirele Républicain , l’illustre et malheureux Condorcet , est mort accusé de ne vouloir pasla république.
Le décret du 8 août, qui déchargeoit M. de Lafayette d’accusation, avoit augmentél’effervescence populaire : le corps législatif, en paroissant vouloit tramer en longueurla déchéance du roi, que de nombreuses pétitions de toutes les parties de la Francesoîlicitoient depuis, long - temps , ne fit que hâter l’explosion du mécontentementgénéral. L’insurrection prit dès-lors le caractère le plus menaçant. Les membres quiavoient voté pour M. de Lafayette furent publiquement insultés ; tous ceux qui étoientconnus par leur attachement à la royauté furent poursuivis par le peuple : lecommandant de la garde nationale reçut plusieurs coups de sabre ; et l’assemblée futinstruite par les autorités constituées que la générale devoit être battue et le tocsinsonné à minuit , et qu’un rassemblement armé devoit se porter sur les Tuilçries. Iln’appartient qu’à ceux qui ont vu de près ces évènements de justifier le corps législatifde l’imputation qu’on lui a faite de n’avoir pas empêché cette insurrection tandisqu’il le pouvoit, et de n’avoir pas ôté aux mouvements populaires toute l’influencequ’ils dévoient nécessairement avoir dans la suite, en se mettant lui-même à la têtede la révolution qu’on alloit faire. Enchaîné par la constitution, comment auroit-ilosé la violer en attaquant l’autorité qu’elle avoit créée ? Et quand il auroit voulu ladéfendre, comment l’auroit-il pu faire contre la force d’opinion qui le proscrivoit ?opinion d’autant plus prononcée que le progrès des lumières avoit rendu le peupleplus jaloux de sa liberté. C’étoit un combat à mort entre les républicains et la royauté,et chacun s’y prépara sérieusement.
Des commissaires des quarante-huit sections de Paris s’étoient rendus à la maisoncommune dans la journée du 9, et ils avoient cassé la municipalité , à l’exception dumaire et du procureur-syndic. Cet acte hardi, qui les déclaroit en insurrectionouverte, fut suivi de toutes les mesures qu’il étoit nécessaire de prendre pour assurerle succès de la journée du lendemain. C’est à cette réunion de commissaires, connuedepuis sous le nom de Commune dù 10 août , que sont dus en quelque sorte la chutedu trône, et peut-être l’établissement du gouvernement républicain. Ce seroit pourelle des titres impérissables à l’estime et à la reconnoissance des hommes libres, siles gens qui la composoient n’avoient trop fait voir depuis que c’étoit moins l’amourde l’égalité que celui de la domination et des richesses qui avoit dirigé leurs coupssur le trône.
La cour étoit instruite des mouvements que l’on préparoit, et ses moyens derésistance étoient mis en état. Les régiments des gardes - suisses, qui durant tout le"cours de la révolution avoient gardé une espèce de neutralité entre le roi et le peuple,crurent qu’il étoit de leur devoir de défendre les jours de la famille royale confiée àleur garde. Plusieurs chefs de bataillons de la garde nationale avoient aussi promisà la cour les services des corps qu’ils commandoient. Il étoit permis de croire qu’avec
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