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Tome premier.
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DELA RÉVOLUTION. 267

ces forces considérables, bien armées, pourvues de munitions, et ayant des chefshabiles , on repousseroit facilement une troupe désordonnée, qui navoit aucune idéede la tactique militaire, sans généraux, sans munitions , presque sans armes, et qui,ne connoissant de méthode que la fureur, succomberoit plus aisément dans lattaquequelle oseroit tenter. Dès le 9 au soir , les partisans de la cour formèrent entre euxdes patrouilles nombreuses pour éclairer les avenues des Tuileries , et prévenir lesrassemblements. Une de ces patrouilles, ayant été rencontrée par un corps de la gardenationale, et sétant trouvée munie dun faux mot dordre, fut arrêtée; et lon alloitconduire ces individus «n prison, quand le peuple, qui étoit alors dans la plus terribleeffervescence, voyant pris en flagrant délit ceux quil regardoit comme ses ennemisles plus acharnés, se jeta sur eux et en massacra impitoyablement la plus grandepartie. Leurs têtes furent portées au bout des piques , et leurs corps restèrent gisantsdevant le corps-de-garde des feuillants, d le peuple les avoit arrachés pour lessacrifier à sa fureur.

Cette exécution sanglante fut le prélude et comme le signal des évènements de lajournée. A minuit la générale et le tocsin sétoient fait entendre dans tout Paris ; lescris, aux armes ! à vos sections ! avoient retenti dans les rues , sur-tout dans celles des. faubourgs Antoine et Marceau. Les fédérés bretons et marseillais, prévenus de cemouvement, se formèrent en bataillons , et rallièrent autour deux les citoyens quiaccouroient à leurs corps-de-garde. Plusieurs pelotons se rendirent sur la place de lamaison commune , le nouveau conseil général étoit assemblé. Le maire ny étoitplus, Louis XVI lavoit mandé pour concerter avec lui, disoit-on, des mesures desûreté, mais en effet pour avoir un otage sacré aux yeux du peuple, et qui lui répondîtde ce quil oseroit entreprendre. Le corps législatif, qui sétoit rassemblé au premier sondu tocsin, manda le maire à sa barre; et le château se vit privé de cette sauve-garde.

Cependant linsurrection devenoit générale ; les bataillons se formoient, les canonsà leur tête. Les Marseillais, la phalange sacrée des vrais républicains, se mettaienten marche, forçoient les postes du Pont-neuf lon voulut sopposer à leur passage,et pénétrèrent jusquau Carrousel, qui était déjà rempli par un grand nombre decitoyens armés de piques ou de fusils. Leur approche intimida le roi, qui, après avoirpassé en revue les Suisses et les grenadiers de la garde nationale, se retira dans lesein du corps législatif avec sa femme et ses enfants. Je suis venu ici pour épargner ungrand crime, dit-il en sadressant à lassemblée. Bientôt sa présence lempêchant dedélibérer , il entra dans une loge de journaliste ; et le premier objet qui fut traitédevant lui fut celui de sa suspension, que lon décréta aux applaudissements redoublésdes assistants. On croyoit encore en cet instant quil ny auroit pas de sang répandudans cette journée, et que la suspension de Louis XVI , que lon venoit de prononcer,suffiroit pour satisfaire le peuple, qui ne sétoit armé que pour obtenir sa déchéancedu trône. Il avoit assuré lui-même à lassemblée que ses troupes avoient ordre de nepoint tirer.

Vers les dix heures et demie, tout Paris se trouvoit pour ainsi dire rassemblé surle Carrousel et les lieux. adjacents, les Marseillais en tête. Ceux-ci demandent quonouvre la porte de la cour dite des Princes ; les portes sont ouvertes sans difficultés,et les fédérés entrent et savancent sur huit de front. Les Suisses étoient rangés enhaie sur plusieurs files. Suivant les uns, on accueille les Marseillais , on leur parlefraternellement, on leur jette même des cartouches pour gage damitié; et à linstant ils sont à dix pas du château et que par leur position ils se trouvent enveloppésde toutes parts, un feu roulant part à-la-fois de droite et de gauche des croisées dupalais, suivi de plusieurs décharges darquebuses, mais non pas de canons, comme