37 o TABLEAUX HISTORIQUES
les statues royales. Trois jours entiers furent employés à cette œuvre républicaine ; etce peuple, si furieux contre les Suisses et leurs perfides compagnons, reprit son premiercaractère, et s’attela gaiement aux cables attachés aux pieds des statues que l’on vouloitrenverser. Elles tombèrent toutes au bruit des chants patriotiques. Henri IV , dontla révolution sembloit avoir respecté la mémoire, ne fut pas épargné. Un citoyenpassant sur le Pont-neuf, et voyant la statue de ce roi renversée, demandoit si c’étoitbien Henri IV qu’il voyoit : Non, lui répondit un spectateur, c’est Louis XVII que l’onvient d’abattre.
! Le même mouvement qui avoit poussé le peuple, lors de la fuite du 20 juin 1791,à effacer le nom de roi de toutes les inscriptions où il se trouvoit, se renouvela cettefois avec autant d’ardeur, et un succès plus durable. En peu de jours cette grandecité perdit toute apparence d’avoir été habitée et gouvernée par des rois, et l’on n’auroitpu en trouver de traces que sur les piédestaux dépouillés des statues qui les surchargeoient.La commune arrêta qu’il seroit élevé, sur la place des Victoires, une colonne funéraireen l’honneur des citoyens morts le 10 août; et dans peu de temps cette colonnefut construite sur les débris du monument élevé à Louis XIV par le maréchal de laEeuillade.
Le peuple, irrité contre les journalistes qui avoient soutenu le parti de la cour ,profita de la circonstance pour entrer dans leurs imprimeries, briser les presses, lesbrûler, disperser les caractères. Nous n’avons pas voulu passer sous silence cette premièreatteinte à la liberté de la presse, que les autorités constituées de ce temps tolérèrent etencouragèrent même, et qui a été suivie, durant le cours de la révolution, des excèsles plus affreux. Par une justice que l’on aimeroit à voir toujours aussi constante,ceux ( 1 ) qui prêchèrent et applaudirent alors à cette violation des droits de l’hommeet de la propriété, ont péri, dans la suite, victimes des violences qu’ils avoient commisesles premiers.
Les citoyens morts dans la journée du 10 août, furent enterrés le 12 , et conduitsà leur derniere demeure dans une pompe militaire et funebre que leurs concitoyenset les magistrats se firent un devoir d’accompagner. On prodigua des secours de touteespece aux fédérés blessés; ceux qui avoient combattu le 10 août furent honorés,accueillis ; on fit des collectes dans toutes les sections pour tous ceux qui se trouvoientdans le besoin; et les enfants de ceux qui avoient été blessés ou tués dans cette affairefurent adoptés par des citoyens généreux qui s’engagèrent à leur tenir lieu de peres.
Cependant on publia nombre de pièces qui avoient été trouvées dans le secrétairedu roi, et qui prouvoient évidemment les efforts que ses amis ne cessoient de fairepour rétablir le pouvoir royal dans son intégrité primitive. Les ci-devant gardes-du-corps avoient été soldés jusqu’après le premier janvier 1792, au mépris des lois quile défendoient ; et leur correspondance avec ceux de leurs chefs qui étoient restés enErance prouva qu’ils comptoient reprendre dans peu leurs anciennes fonctions. L’invasiondes Prussiens sur notre territoire leur donnoit cette espérance : et en Æffet, sans lavigueur que déploya la nation française, cet instant eût été aussi favorable pour laroyauté qu’il devint décisif pour la république.
L’assemblée législative , cédant à l’impulsion de l’esprit public et à la force descirconstances, avoit rendu le 10 même un décret qui invitoit le peuple à former uneconvention nationale : c’étoit le seul moyen de concilier ce qu’elle devoit au salut dupeuple et à ses propres serments : cet acte libre et spontané, qui, en rendant à lanation tous les pouvoirs qu’elle avoit délégués , lui donnoit le moyen de placer sa