DE LA RÉVOLUTION/ 3?I
confiance de manière à éviter les divisions qui avoient régné dans les deux premierscorps législatifs, concilia à celui qui le rendit l’estime et l’admiration des amis de làliberté. Il est à regretter seulement que pendant le reste de sa session, et dès le jourmême du io août, il se soit prêté aux vues ambitieuses de gens qui préparaientdès-lors leur domination, et que, par une trop grande condescendance, il ait mérité lereproche d’avoir été, sans le vouloir, l’instrument-de leurs crimes. Différentes mesuresfurent adoptées ; et dans ce nombre on doit compter le décret qui déclaroit que lessix ministres nommés par le roi avoient perdu la confiance de la nation; celui quiordonnoit que tous les décrets rendus jusqu’à ce jour, et tous ceux qui auroient étérendus depuis la suspension , quoique non sanctionnés, auroient force de loi ; enfincelui qui rappeloit au ministère les citoyens généreux qui en avoient été exclus à causede leur austere franchise. Mais c’est ici le lieu d’examiner si l’assemblée agit avec autantde prudence quand elle prit dans son sein des commissaires pour les armées , et si,en les investissant de tous les pouvoirs, elle ne donna pas à ses successeurs un exemplefuneste dont ils ont trop abusé. Quelque grand que fût le danger, quelque nécessairequ’il pût être d’envoyer aux armées des commissaires dont on fût bien assuré, le corpslégislatif ne devoit point se permettre de confondre ainsi les deux pouvoirs dans lamême personne; et en témoignant de la méfiance au conseil exécutif, en empiétantsur son autorité , il prépara son avilissement, et les usurpations que se permirentensuite les ambitieux qui entrèrent dans la convention nationale.
Nous le jugerons avec la même rigueur , quant au pouvoir énorme qu’il laissaprendre au conseil général de la commune de Paris, à qui les résultats du 10 avoient déjàdonné la plus grande influence. C’est dans la facilité qu’elle éprouva pour s’agrandirà l’époque dont nous parlons qu’il faut chercher la source de l’audace qu’elle manifesta,non seulement alors, mais encore depuis , lorsque, rivale de l’autorité légitime, elleconspira contre la représentation nationale, et tenta de s’élever sur ses débris. Que devoit-on penser d’une autorité, qui, loin de calmer le peuple et de lui enseigner la’clémence,yenoit annoncer au corps législatif que les citoyens craignoient l’évasion des Suisses quis’étoient réfugiés dans son enceinte, qu’elle ne pouvoit consentir non plus qu’on lestransférât à l’Abbaye, qu’ils avoient mérité la mort, et qu’il n’étoit pas nécessaire qu’onles jugeât ? Parler ainsi, n’étoit-ce pas préluder au 2 septembre ? La commune signifioiten même temps à l’assemblée que le maire de Paris étoit encore consigné pour troisjours : et cette notification , aussi singulière par sa forme que par l’acte qu’elle nommoit,ne fit pas naître la moindre discussion. Quoi qu’il en soit, cette arrestation de Pétiôn serait la meilleure réponse que l’on pût faire à ses détracteurs, si l’on ne savoit qu’elleavoit été concertée avec lui-même , et s’il n’avoit depuis laissé faire les égorgements deseptembre. Vainement Pétion a changé ensuite; vainement a-t-il été proscrit le 3 i mai;vainement a-t-il mené depuis une vie errante et misérable, qui a fini par une mortaffreuse : rien ne peut l’absoudre de tant de forfaits ; rien ne peut lui concilier l’estime :il n’a de droits qu’à cette pitié que l’on ne refuse pas même aux grands coupables.
La commune ayant été autorisée par un décret à prendre toutes les mesuresconvenables pour la sûreté générale , on. vit naître de là le système affreux desarrestations arbitraires, qui a pesé depuis pendant si long-temps sur la France,et qu’ona eu tant de peine à faire disparaître de notre législation. Sous le prétexte de complicitéavec la cour, on jeta dans les prisons une grande quantité de citoyens , qui, pourla plupart, n’avoient que des torts d’opinions. La commune prit sur elle de fermerles barrières de Paris , afin de pouvoir arrêter plus facilement ceux qui lui sembloientsuspects. Un décret lui remit en outre le soin de délivrer des passe-ports. Alors,sûre de ses moyens, et pouvant choisir ses victimes , elle prépara les horribles