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Tome second.
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296 TABLEAUX HISTORIQUES, etc.

regret, ne songeant qu’au bien général qui en était le résultat : tant la passion de la libertésait agrandir les âmes qu’elle embrase, puisqu’elle leur rend légers et même agréablesdes sacrifices qui semblent si pénibles au reste des hommes !

Pendant le siège on jouait à la boule avec des boulets sur la grande place où il entombait abondamment -, et l’on en apportait d’autres dans des baquets. Les enfans , quin’avaient pas voulu rester inutiles dans ces grands évènemens , reportaient les boulets àl’arsenal ou sur les remparts -, et ils allaient , au milieu des batteries les plus exposées aufeu des ennemis , porter des rafraîchissemens à leurs braves frères d’armes , et les encou-rager à faire leur devoir. Us étaient exercés à relever dans des casseroles les boulets quandils étaient rouges. Un d’eux croit un jour qu’il pourra en prendre un dans son chapeau :le boulet le brûle en un instant ; et la joyeuse troupe , qui ne fit que rire de ce petitmalheur, courut agilement verser de l’eau sur des bombes qui venaient de tomber, et lesempêcha ainsi d’éclater.

Des citoyens qui étaient à la poursuite d’un boulet froid le coëffèrent en cérémonied’un bonnet de la liberté , et le renvoyèrent aux Autrichiens après l’avoir ainsi patriotisê.

Un autre voyait sa maison près d’être incendiée ; mais avant d’y porter du secours ilvoulut mettre en sûreté le bonnet de la liberté qui était sur le clocher à côté de sa maison.

On vit enfin un perruquier venir tous les matins sur la grande place , pendant que durale siège , ramasser un éclat de bombe , et raser ses pratiques dans cet étrange plat à barbe.

Nous ne finirions pas si nous voulions recueillir tous les traits de courage , d’humanité ,de gaieté , qui ont honoré cette époque mémorable de la guerre. La renommée des Lillois s’étendit bientôt dans toute la France . Chacun s’empressa de leur payer le tribut d’admi-ration qui leur était dû. On fit des souscriptions dans tous les départemens pour indem-niser ceux qui avaient le plus souffert des suites du siège. La convention décréta que Lille et Thionville avaient bien mérité de la patrie, et leur accorda des secours. L’esprit public,alors dans toute sa force, éternisa de toutes les manières les noms de ces deux villes. On lesrépéta dans des chansons qui passèrent dans toutes les bouches. Le théâtre s’en emparaaussi, et en fit le sujet de plusieurs drames qui attirèrent la foule pendant long-temps.Heureux le peuple qui sait apprécier le sang que l’on verse pour lui, et qui paye au moinsen estime et en applaudissemens les fatigues de ses défenseurs! Deux rues de Paris (i)quittèrent les noms qu’elles portaient pour se décorer de ceux des deux cités courageusesqui avaient si bien servi la liberté. Cet exemple fut suivi dans toutes les villes des dépar-temens. Enfin le poète le Brun , dans sa belle ode patriotique sur les évènemens del’année 1792 , a donné à ces deux sœurs l’immortalité qui attend ses vers et leur auteur.Voici comme il s’exprime :

C’est en vain que le Nord enfanteEt vomit d’affreux bataillons ;

Leur corps est promis aux sillonsDe notre France triomphante.

Deux sœurs, immortelles cités!...

Thionville , aux murs indomptés ,

Brave et repousse leur furie :

Lille , tes débris glorieuxDe leur atroce barbarieSont fumans et victorieux.

( 1 ) Les rues de Bourbon et Dauphine.