298 TABLEAUX HISTORIQUES
envoie Beurnonville au secours du département du Nord , et lui-même revient à Paris pour y concerter avec le conseil exécutif les opérations de la campagne qu’il va entre-prendre. Il avait reçu pendant toute sa route les marques les plus vives de la recon-naissance publique ; les Parisiens ne se montrèrent pas moins empressés de voir , d’ho-norer , celui qu’on regardait comme le libérateur de la France . Une femme célèbre parson esprit et son amabilité lui donna une fête superbe où furent rassemblés tous les gensà talens , tous les patriotes distingués de la capitale. Les spectacles se disputèrent l’honneurde le posséder ; les couronnes , les chansons , lui furent prodiguées : on l’enivra de sapropre gloire. Il songeait cependant , dès cette époque même , à élever le fils du ducd’Orléans sur le trône. A peine fut-il reparti pour son armée , qu’il saisit toutes les occa-sions , dans ses rapports officiels , de le présenter à la France comme un nouveau Ger-manicus , sur qui devait reposer l’espoir de la nation.
Dumourier , après avoir fait adopter un plan de campage général pour tous lespoints de nos frontières , alla mettre à exécution celui qui le concernait particulièrement.Le 28 octobre , il rejoignit son armée campée en face de Valenciennes ; avant d’entrer dansla Belgique , il fit une proclamation adressée à ses habitans , dans laquelle il leur annonçaitque les Français entraient chez eux comme des frères et des amis , que leur dessein n’étaitque de les aider à assurer leur liberté , qu’ils 11e se mêleraient ni de leur gouvernement nide leurs lois , qu’ils les laisseraient les maîtres de se donner telle constitution qu’ilsvoudraient, qu’ils ne lèveraient aucune contribution et n’exerceraient aucun acte de sou-veraineté ni de conquête. Cette proclamation tout-à-fait conforme aux droits des nationset à la‘saine politique , attira beaucoup de partisans aux Français .
L’armée autrichienne , campée en avant de Mons 3 occupait une position très-forte partrois hauteurs dominées l’une par l’autre , sur chacune desquelles étaient élevées desredoutes garnies d’artillerie , et par des bois épais qui défendaient son front et ses flancs.Le duc de Saxe-Teschen , résolu d’attendre les Français dans ses retranchemens , s’étaitpréparé à une défense vigoureuse. Ses troupes légères étaient postées dans des bois et desvillages , d’où elles inquiétaient notre armée ; il fallut employer plusieurs jours à les enchasser. Dans un de ces combats , livré le 3 octobre, l’infanterie belge ( c’était un corpsqui s’était formé dès le commencement de la guerre et qui servait dans les armées fran çaises ) ayant attaqué les Autrichiens dans le village de Rhulin, les en avait chassésfacilement 5 mais ayant eu l’imprudence de s’engager sans artillerie dans la plaine vers lemoulin de Boussu , elle fut enveloppée par la cavalerie ennemie, mise en déroute ; etelle eût été tout-à-fait taillée en pièces , sans la valeur du deuxième régiment de hussardsqui vint à son secours et la tira d’affaire : ce petit échec , qui aurait pu décourager lestroupes , engagea Dumourier à emporter au plutôt tous les avant-postes qui le sépa-raient du corps de bataille de l’ennemi. Le 4 et le 5 furent employés à l’attaque du boisde Sars et du moulin de Boussu , dont on se rendit maître avec assez de facilité ; etl’armée bivouaqua à la tête du bois , en face des Autrichiens , qui s’étendaient sur leshauteurs de Jemmapes dont les triples redoutes présentaient l’aspect le plus redoutable.
Le 6 , à huit heures du matin , le combat commença par un feu terrible d’artillerie surtoute la ligne de l’armée française. La position de l’ennemi lui donnait de grands avantagesdans une attaque de ce genre. Aussi , jusqu’à dix heures , n’obtint-on aucun succès décisif.Enfin le général cède à l’impatience de ses troupes , qui demandaient à marcher labaïonnette au bout du fusil , et à décider l’affaire en un instant. Aussitôt l’artillerie vase placer jusques sous les batteries de l’ennemi, pour faire plus d’effet 5 les troupes seformèrent en colonnes , et marchent avec ardeur , quoique dans le plus grand ordre,en entonnant l’hymne de la liberté (1). Le premier étage de redoutes fut emporté avec
( 1 ) Allons enfans de la patrie ,
Le jour de gloire est arrivé, etc.