SOIXANTE-SEIZIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
U n doit compter la cour de Rome au nombre des puissances qui ont manifesté le plusde haine contre la révolution française. Trop faible pour seconder efficacement les roisligués contre nous , elle se trouva réduite à déguiser ses sentimens sous les apparencesde la neutralité , et à ne faire qu’une guerre secrète à ceux qu’elle ne pouvait attaquerouvertement. Nul prince , il est vrai , n’avait à se plaindre de la France plus que lepape sous le double rapport du spirituel et du temporel : Avignon , le Comtat venaissin ,lui avaient été enlevés sans que les souverains auxquels il en avait appelé eussent cherchéà venger son injure. La suppression des annates , celle des prérogatives du clergé français ,l’indépendance qu’il affectait, le mépris qu’on marquait pour la puissance pontificale ,étaient d’autres outrages non moins sensibles auxquels il n’avait pu répondre qu’avec desarmes discréditées depuis long-temps. Des brefs ne pouvaient pas lutter contre la consti-tution française ; et les préceptes d’obéissance passive , et autres documens de cetteespèce qui sortaient de la chancellerie romaine, devaient échouer contre les principesphilosophiques que la révolution faisait circuler parmi toutes les classes de la société.
L’accueil distingué que fit le pape aux tantes de Louis XVI , qui se réfugièrent àRome en 1791 , annonça suffisamment que la haine qu’il portait à notre révolutions’accroîtrait encore de tout l’intérêt qu’il semblait prendre à la famille régnante. Aussiles prières , les jubilés qu’il ordonna dans diverses circonstances , avaient-ils pour butd’obtenir de Dieu la conservation du roi et de la royauté autant que celle de la religion.L’église sait trop bien que les rois ont besoin de son ministère pour tenir les peuplesdans l’obéissance , et qu’elle leur a rendu trop de services pour qu’elle puisse jamais êtreabandonnée par eux.
Quand la chute du trône eut été consommée en France , et que la république eutété décrétée , l’Italie , et particulièrement Rome , devinrent l’asile d’une foule de prêtresqui fuyaient leur patrie , aux lois de laquelle ils ne voulaient point obéir. Ils portèrentchez les étrangers toutes ces préventions que l’esprit de parti , que le plus aveuglefanatisme leur avait fait concevoir. Ils répétèrent les absurdes mensonges que répan-
G 4