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Tome second.
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DE L A RÉVOLUTION,religion , auparavant brillantes , fastueuses , souvent même voluptueuses , prirent uncaractère daustérité qui ne laissait plus aucune place à la joie \ les concerts , les feuxdartifice , les spectacles que la politique de la cour de Rome prodiguait pour amuserloisiveté de ses sujets, furent remplacés par des jeûnes , des jubilés, des prières publiques,par tout ce qui pouvait porter les esprits à la mélancolie. Les confesseurs , les prédi-cateurs mirent tout en œuvre pour réchauffer la piété et pour augmenter le nombrede leurs auditeurs. Ils ne leur parlaient que du deuil dans lequel était plongée léglise ,du schisme qui la déchirait, et du peuple affreux qui lui préparait des maux plus grandsencore. En même temps le pape renvoyait une quantité de marbriers et dartistes detoute espèce quil occupait continuellement dans ses musées. Le prince Borghese etautres grands de Rome en faisaient autant ; et la multitude de familles que la cessationdes travaux réduisait à la misère grossissait le nombre des mécontens. A cette époqueon voyait aussi arriver journellement à Rome des milices de tout létat ecclésiastique ,que lon exerçait avec plus de soin que jamais , et pour lesquelles on avait choisi ungénéral étranger. Ces troupes étaient envoyées au sortir de leurs casernes dans deséglises , elles trouvaient des prédicateurs qui cherchaient à fortifier leur courage detoutes les ressources du fanatisme. Dans les livres des prières faits exprès pour les soldats,on les exhortait à mourir pour la religion , à détester , à massacrer les Français , quonleur représentait ( tant était grande leur ignorance ) comme les auteurs du dernier sac deRome , et comme voulant renouveler ces horreurs. Le gouvernement, de son côté ,cherchant à prouver combien le danger était grand, tirait un demi-million de ducatsdor du trésor amassé par Sixte-Quint pour servir dans les instans léglise courraitdes risques imminens.

Tant defforts ne furent pas inutiles. Les artistes français sétaient formés en clubdans le palais de lacadémie , pour y parler des affaires de leur patrie et pour avoir unpoint de réunion toujours nécessaire à des étrangers. Lincident du désastre de notre *flotte vint donner un nouveau degré dactivité à leurs assemblées : ces jeunes citoyensarrêtèrent de faire une collecte entre eux pour aider aux réparations du Languedoc . Cettecontribution patriotique produisit cent piastres , que lon déposa entre les mains dubanquier Moutte , qui devait être victime , comme tous les Français , des évènemensaffreux qui se préparaient. Ces artistes portaient depuis huit jours la cocarde tricolore,sans que le peuple en eût paru mécontent, lorsque le citoyen Flotte , major de lescadreen relâche à Naples , fut envoyé par lambassadeur de France en cette ville , avec ordrede faire arborer lécusson de la république sur la maison de notre consul à Rome . Ilcommuniqua cet ordre au cardinal secrétaire-détat Zelada , qui répondit que le pape nereconnaissait point la soi-disant république. Cependant, pressé de répondre relativementà lécusson dune manière positive , il dit à Flotte et à Basseville , qui étaient retournéschez lui le 12 janvier 1793 , que ce ne serait que le 14 quil pourrait leur communiquerla réponse du pape. Remarquez que le massacre dont nous allons parler eut lieu le i 3 .

Cependant nos jeunes peintres travaillaient de concert à cet écusson qui devait leurêtre si fatal. Girodet venait de terminer son beau tableau dHippocrate qui a depuisobtenu tant de succès dans les expositions du sallon de Paris , et il avait été choisicomme le plus digne pour tracer lemblème que lon se proposait délever. Flotte etBasseville étaient venus voir son travail , et tous attendaient avec espérance le jour fixépour la réponse du pape. Le dimanche 1 3 janvier , à quatre heures après-midi, lacitoyenne Basseville sortit en voiture avec son fils et les citoyens Flotte et Duval. Ilstraversèrent paisiblement la ville et la place du peuple sans que leur présence excitâtla moindre rumeur parmi les artisans qui sy rassemblent le dimanche en plus grandnombre quà lordinaire. Ils passèrent la porte de la ville , se promenèrent encore fortloin , toujours aussi paisiblement ; ils retournèrent enfin. On les attendait sur la place