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Tome second.
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3o4 TABLEAUX HISTORIQUES, etc.

Colonne. étaient placés de forts détachemens de troupes qui semblaient destinés àcontenir le peuple , mais dont la conduite prouva que le gouvernement ne les avait missur pied que pour protéger les assassins. La voiture était au pied de la Colonne trajane ,entourée dune foule nombreuse , quand un abbé donna le signal en criant : Tue , tueces gueuse de Français ! Aussitôt des huées se font entendre, une grêle de pierres estlancée contre la voiture ; un des assaillans tira même un coup de pistolet sur le cocher.Celui-ci presse ses chevaux, senfuit au grand galop , et parvient à rentrer dans la maisonde Moutte logeait Basseville. On descend de voiture , on senferme , on barricade lesportes , et chacun se résigne à attendre les suites de ces violences. Cependant Bassevilleécrit au cardinal Zelada pour linformer de lattentat commis contre lui. Le ministre nerépond point. La fureur du peuple qui était assemblé autour de la maison était excitéepar les discours de plusieurs prêtres et moines qui lexhortaient à répandre le sang. Lesvitres sont brisées à coups de pierre , les portes sont enfoncées , et une foule innom-brable pénètre dans la maison , bien résolue de népargner personne. Tous les Français sétaient enfuis ou cachés : Basseville était seul, sans armes , sans défense $ les assassinsse jettent sur lui , laccablent de coups ; et un soldat de la garde du pape , armé de sabaïonnette , lui fait une blessure profonde dans le ventre. On lentraîne dans cet état,retenant avec ses mains ses entrailles près de séchapper , à travers le peuple qui linsulteet le frappe encore. On le dépose dans un corps-de-garde , il est suivi par les prêtresqui venaient de lassassiner. Ces monstres voulaient lui faire abjurer , à sa dernière heure,sa patrie et les sermens quil lui avait faits. Ce fut avec la plus grande peine quil obtint lapermission de consigner ses volontés dans un testament il recommanda sa femme et sonlils à la munificence de sa patrie, pour qui il venait de verser son sang. Accablé par lesdouleurs de sa blessure, dénué des secours de lart , insulté jusques dans ses souffrancespar des prêtres et des gardes également fanatiques , privé du moindre instant de repos ,et même de la respiration par le bruit et la fumée du corps-de-garde, il expira le 14janvier en prononçant ces mots : Grand Dieu ! que les prêtres me pèsent ! je suis trop heureux ,Je meurs pour ma patrie.

Les autres Français réfugiés chez Moutte néchappèrent quavec peine aux assassins.La citoyenne Basseville , son enfant, le major Flotte , saisis , menacés , maltraités detoutes les manières , ne durent leur vie quà un hasard quon ne peut expliquer. Duvalfut sauvé par un soldat toscan plus humain que ses camarades. Tous les Français sortirentde Rome , lon poursuivit pendant plusieurs jours tous les individus qui semblaientêtre de notre nation. Us se réfugièrent à Florence et à Naples , ils trouvèrent des secoursque la cruauté du gouvernement papal leur avait refusés.

La convention nationale, au récit de ces horreurs, décréta quelle adoptait au nomdu peuple français lenfant de Basseville , et quil serait élevé aux dépens de la répu-blique : une pension fut accordée à sa veuve ; des ordres furent donnés pour assurer dessecours aux citoyens chassés de Rome . Ces mesures de justice envers les victimes de latyrannie sacerdotale nauraient été sans doute que le prélude de la vengeance quelles ontdroit dattendre de cet horrible attentat au droit des gens , sans la modération et la géné-rosité bien dignes déloges avec lesquelles Bonaparte en a agi, lorsquau lieu dentrer enconquérant dans Rome , il a accordé la paix au souverain pontife , et la traité avec leségards dus à son rang et à son caractère.