3 18 TABLEAUX HISTORIQUES
la Montagne ; et le triomphe de cet homme féroce dut faire présumer à quels excès se
porteraient ses fureurs.
En effet , ses écrits provoquèrent plus que jamais le pillage des propriétés , et lemassacre des députés de la convention. Les sections de Paris , influencées par les Jaco-bins , perdirent peu-à-peu le respect qu’avaient toujours inspiré les talens des membresqu’on voulait proscrire , et elles agitèrent enfin hautement la question de les faire rappelerpar leurs commettans. Mais les départemens n’étaient pas si faciles à gagner qu’on lepensait : en vain chercha-t-on à corrompre leur opinion par des journaux anarchiques ,par des émissaires du parti désorganisateur ; ces républicains sincères , indignés contreles excès des Parisiens , repoussaient tout ce qui venait d’eux , et réclamaient toujoursune constitution , comme le seul moyen de remettre les factieux dans l’ordre et demaintenir la liberté en péril. Cette constitution qu’ils demandaient avec tant d’instanceétait trop redoutée par les anarchistes pour qu’ils ne réunissent pas tous leurs effortscontre elle. Des débats frivoles, des questions oiseuses ~ souvent même des scènes descandale , furent substitués aux discussions sérieuses et approfondies que demandait unobjet si important. Une partie du peuple de Paris , égarée par des factieux , secondait sesreprésentais par des excès de tout genre ; elle pillait les boutiques , insultait les personnes :et la liberté que ses partisans devaient s’attacher à rendre aimable , semblait transforméedans la plus effroyable licence.
Enfin , le 5 avril, les quarante-huit sections , ayant le maire de Paris pour orateur ,vinrent demander formellement le rappel de vingt-deux membres du corps législatif,presque tous connus par leur attachement aux principes, et l’énergie qu’ils avaientmontrée contre les factieux. Elles ne se crurent pas encore assez sures de leurs forcespour exiger impérativement ce rappel ; elles proposèrent à la convention de consulterles départemens sur les députés désignés , et de se décider d’après leur vœu. La conven-tion improuva cette pétition ; mais elle n’eut pas la force de décréter que les vingt-deuxn’avaient point perdu sa confiance. Cette faiblesse redoubla l’audace des conspirateurs.
Ce fut après cette lecture , lorsque le maire quittait la barre pour entrer dans lasalle , que Mazuyer fut à lui : N auriez-vous pas encore, lui dit-il , une petite place pourmoi ? il y aurait cent écus pour vous . Ce fut-là tout le crime de Mazuyer , qui fut mishors la loi après le 3 i mai , et qui a péri sur l’échafaud.
Boyer-Fonfrède , qui n’était pas sur cette liste , prit la parole , et dit : Quant à moi >je regrette de n’être pas au nombre de ceux sur lesquels la municipalité de Paris appelle aujourd’huiles poignards. A cette phrase, des applaudissemens s’élevèrent de toutes parts ; tous lesmembres venaient embrasser les proscrits... Pourquoi cette assemblée , qui applaudissaità la vertu, laissait-elle au crime étendre son empire ?
Cette époque désastreuse vit éclore un des fléaux les plus cruels qui aient dévoré laFrance : nous voulons parler du maximum ou taxe des denrées. Cette mesure , qui n’avaitété proposée d’abord que pour les grains , fut étendue ensuite à tous les objets denécessité ou d’agrément, et devint la plus funeste entrave du commerce et de l’industrie.
Pendant que les membres anarchistes de la convention allaient s en qualité de commis^saires , propager leurs principes dans les départemens indignés à leur vue , et qu’ilspoussaient l’impudeur jusqu’à défendre la lecture des journaux qui n’applaudissaient pasà leurs fureurs , la Gironde conservait assez d’influence pour faire choisir le présidentde la convention parmi ses membres. Ce fut l’un d’eux qui dénonça , le 18 mai, le compli-que l’on formait contre la représentation nationale. Ce fut encore parmi eux que futchoisie la commission des douze , créée pour veiller à la sûreté de la convention et pourdéjouer les complots des conspirateurs. Cette commission , pleine d’importance de sesdevoirs , et voyant bien que le salut de la convention et de la France dépendait de Hmanière dont elle le remplirait, résolut d’effrayer par un coup d’éclat des séditieux q u *