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Tome second.
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DE LA RÉVOLUTION. 343

suite et leurs bagages, sur de petites charrettes , seul moyen de voyager dans les mauvaischemins du pays. A Vico - Soprano , où ils arrivèrent le 14 juillet, les avis sur lesintentions perfides de l’Autriche se multiplièrent tellement, d’une autre part on leurdonna tant de fois le conseil de traverser déguisés telle ou telle partie du territoireennemi , qu’ils furent obligés de ne plus douter de l’existence du projet de les arrêter.Loin d’être intimidés par la grandeur du péril, les deux ministres virent dans l’impor-tance de leurs missions la nécessité de les remplir au plutôt , et se consolèrent d’avancedu forfait qu’on pourroit commettre sur eux , en songeant qu’il serviroit à mettre mieuxau jour l’exécrable politique de nos ennemis , qui se sont fait un jeu dans cette guerre devioler les droits les plus sacrés.

Animés par ces motifs bien puissants sur des âmes républicaines , ils continuèrentleur route jusqu’à Chiavennes , capitale du comté de ce nom , et se contentèrent dedemander au bailli de cette ville une escorte que les ordres de ses chefs lui faisoientun devoir de leur fournir. Le lieutenant du bailli ( Bartholomée Pollavini ) après avoirrefusé l’escorte aux ambassadeurs , ayant été obligé de leur donner un ordre de passage,les fit arrêter le lendemain à moitié chemin de Chiavennes à la Ripa , et ne leur accordala liberté de se rendre dans ce village, et de là à Novate ( bourg situé sur le lac de Corne,qui sépare le pays des Grisons de l’état de Milan ), qu’après avoir reçu quatre-vingtsequins, pour prix de la protection que dévoient leur assurer deux fanti ou gardes del’office, qui avoient droit de requérir assistance pour les ambassadeurs dans toute l’étenduede la Valteline.

Pendant que cet infâme marché se consommoit à Chiavennes , nos ministres étoientretenus prisonniers à Novate ; et leurs fanti , dont la véritable mission étoit de les vendreaux Autrichiens , s’occupoient de ce soin digne d’eux. Un coup de canon se fit entendredu coté de l’état de Milan ; en même temps un sbirre , habillé de rouge , traversa lelac , vint débarquer proche Novate , et donner le signal aux brigands , qui se tenoientcachés en attendant le moment de se jeter sur leur proie. Une femme de la suite desambassadeurs se promenoit sur les bords du lac ; elle étoit malade et triste : un honnêtehomme du pays l’aborde avec mystère; et jugeant de ce qui causoit son inquiétude, il luiapprend que les burlandotti (i) rodent dans ces cantons depuis plusieurs jours, qu’on les avus à Novate le matin même, que le passage des ambassadeurs étoit annoncé depuislong-temps , et qu’ils doivent se hâter de retourner vers Chiavennes , s’ils veulent éviterde tomber entre les mains de leurs ennemis. Cette femme , de plus en plus effrayée ,retourne à l’auberge , fait assembler tous ses compagnons de voyage , s’enferme avec

e ux , et veut leur raconter ce qu’elle vient d’apprendre.Au même instant un bruit

affreux se fait entendre dans la maison ; les burlandotti sortent en foule des granges etautres bâtiments voisins , se jettent sur les armes qui étoient déposées dans une cour ,et montent aux appartements. Un des ministres sort à ce bruit ; et voyant ces furieuxs’élancer vers lui, il veut tirer de sa poche l’ordre des chefs des Ligues qui leur assuroitassistance et protection. On se jette sur lui et sur ses compagnons ; on les garrotte, onles traite comme des criminels : on ne respecte ni la dignité , ni le sexe , ni l’âge. Lesambassadeurs , accablés par le nombre et hors d’état de se défendre , n’opposent queleur sang froid à ces fureurs atroces ; et l’un d’eux dit à haute voix ces mots qui peignenthien les sentiments qui les animoient : « Nous voilà pris ; mais ce qui me console ,<( c’est que cet évènement sera heureux pour mon pays. »

On les précipite dans un bateau qui étoit préparé sur le lac ; tous les gens de leursuite réclament l’honneur de partager leur captivité : le premier coup de rame est pour

(i) Les burlandotti sont des gardes de la frontière du Milanez qui veillent au recouvrement desdroits de douane : ils sont connus par leurs brigandages.