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Tome second.
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3Ôo TABLEAUX HISTORIQUES

Custine , qui , pour prix d’avoir porté le premier les armes républicaines au-delàdu Rhin, et de nous avoir assuré sur ce fleuve le poste important de Mayence , quipar ses soins étoit devenue presque imprenable , devoit périr sous la hache destyrans qui gouvernoient alors notre patrie. C’est dans le procès de ce général quese déploya pour la première fois dans toute son étendue la soif de sang , lafroide inhumanité , dont tous les accusés recommandables par des vertus ou destalents furent depuis les victimes. Arrêté sur la simple annonce de la redditionde Mayence aux Prussiens , Custine fut livré à ce tribunal révolutionnaire devantqui dévoient paroître tant d’autres généraux , vainqueurs comme lui. Ni son

patriotisme , ni ses services , ne purent le défendre : il avoit paru préférer le côté

droit à la Montagne ; il n’avoit point encensé le dieu Marat ( i ). A cette époqueun tel crime étoit irrémissible. Ce général couvert de blessures , qui chargeoittoujours l’ennemi à la tête de sa cavalerie , ne sut pas supporter l’aspect de lamort ignominieuse à laquelle il étoit condamné. Il se jeta à genoux en offrantà Dieu le sacrifice de sa vie , et eut besoin d’un confesseur pour ne pas tomberdans le désespoir. Il suffit , il est même nécessaire de dire ( pour donner une

idée de ce temps affreux ) que ce confesseur , ainsi que le seul des jurés qui

ait voté pour l’absolution , furent arrêtés , et que le fils infortuné de Custine ,jeune homme recommandable par des talents distingués , périt bientôt après sur lemême échafaud que son pere.

Houchard , qui , après avoir servi avec distinction sous Custine , dans l’expéditiond’Allemagne , lui avoit succédé dans le commandement de l’armée de la Moselle ,le remplaça encore dans celui de l’armée du Nord. Il la trouva sans ordre , sansdiscipline , et divisée en plusieurs corps dont aucun n’étoit en état de résisteraux forces imposantes de l’ennemi. En vain auroit-il voulu lui donner plus d’ensembleet tenter sa réorganisation : l’instant de son arrivée étoit celui où l’armée anglaisemenaçoit Dunkerque ; il fallut songer avant tout à sauver cette place importante.

Le 2i août , l’ennemi se présenta devant Bergues , à deux lieues de Dunkerque ,et somma la garnison de se rendre. Elle répondit avec courage à cette sommation.Le duc d’Yorck , qui ne vouloit pas s’arrêter devant cette place , abandonna cetteentreprise , et attaqua le camp qui couvroit Dunkerque . Ce camp , trop foiblepour opposer une longue résistance , se replia sur la ville. On se hâta de leverles écluses , afin de rendre les approches plus difficiles -, mais aucun obstacle réelne se présentoit plus à l’ennemi , qui posa son camp le 22 sous les murs deDunkerque .

Le lendemain le duc d’Yorck fit passer aux assiégés la lettre suivante :

« Monsieur...., votre ville sans défense réelle, ne peut opposer aucune résistance» aux armes victorieuses que je pourrois sur-le-champ employer contre elle , si je» ne voulois éviter la ruine totale d’une ville florissante , et si l’humanité et la» générosité ne me faisoient desirer d’épargner le sang humain. — Je vous somme» donc de rendre la ville de Dunkerque à sa majesté britannique avant que j’aie déployé

( 1 ) Deux des principaux délits attribués à Custine dans son jugement sont , i°. d’avoir donnépour mot d’ordre à son année , Condorcet, Paris, Constitution ; a°. d'avoir fail fusiller trois volontairesqui pillaient la aille de Spire.

Un mot de Custine , qu’on ne sauroit trop rappeler parceque, la durée de la guerre en aprouvé la justesse , c’est ce qu’il dit après la prise de Mayence : La paix sera signée ici. Il avoitsenti de quelle importance seroit pour les deux partis ce boulevard de l’Allemagne , et il réunitpour le rendre plus formidable toutes les ressources de l’art. Cela suffit pour répondre à l’absurdeimputation qu’on lui a faite d’avoir voulu livrer aux Prussiens une conquête dont il connoissoit leprix , et dont la conservation importoit à sa gloire.