354 TABLEAUX HISTORIQUES
fois son attachement pour la France : mais la plupart des sénateurs , irrités d’unerévolution qui avoit pour fondement l’abolition de la noblesse et l’égalité des conditions,ne déguisoient point leur haine pour la nouvelle république ; et ils prouvèrent plusd’une fois par des actes de gouvernement les vœux qu’ils formoient pour le succès descoalisés. Cette aversion générale des Nobles génois pour notre cause doit nous rendreplus reconnoissants pour le petit nombre de ceux qui, connoissant mieux les intérêts deleur patrie , opposèrent une courageuse et constante résistance aux efforts de la majorité ,et qui ont mérité par-là d’être appelés les sauveurs de leurs concitoyens.
Après l’abolition de la royauté , quand nos soldats , livrés à leur courage , purentfranchir les frontières et porter à l’ennemi la terreur qu’il avoit cru nous inspirerla Savoie et le comté de Nice avoient été envahis en peu de jours , et nos troupesvictorieuses menaçoient d’étendre leurs conquêtes au - delà des Alpes . Ces succès , etsur - tout cette audace , la demande que lui faisoit notre envoyé de remettre la cita-delle de Savone entre les mains des Français , écartèrent pour un moment touteidée hostile de l’esprit- du sénat génois. Il crut faire beaucoup pour la coalition enproclamant sa neutralité armée , et en refusant de livrer le fort qu’on lui demandoit.Cet acte de courage lui valut les remerciements les plus exagérés de la part de tousles cabinets alliés ; les Génois furent appelés les sauveurs de l’Italie : mais quand laflotte française eut échoué dans sa tentative sur l’isle de Sardaigne , faite au cœur del’hiver , et dont l’issue devoit être facilement pressentie par l’imprévoyance et la publicitéqui avoient régné dans les préparatifs ; quand cette flotte , fracassée par les tempêteseut été rentrée à Toulon , sans autre avantage que d’avoir fait une vaine rodomontade ,et d’avoir arraché une déclaration forcée au roi de Naples ; cet échec , auquel sejoignirent bientôt après les trahisons de Dumourier , les succès qu’elle procura auxAutrichiens , et les troubles intérieurs de la France , rappela dans le cœur des oligarquesgénois une malveillance qui n’avoit été que suspendue. Les émigrés accoururent en fouleà Gênes , y achetèrent des armes , et annoncèrent qu’ils alloient enseigner et frayeraux Piémontais le chemin de Lyon où ils entretenoient des intelligences. Le sénatgarnit de troupes la frontière vers Vintimille , la seule par où pouvoient pénétrer lesFrançais , et ne prit aucune précaution pour celle qu’occupaient les Autrichiens et lesSardes , ses constants ennemis. Tant de complaisances et de soumissions ne satisfaisoientpas encore les alliés ; ils violèrent plusieurs fois le territoire de la république pourfaire entrer dans üneille plusieurs bataillons qui dévoient aller renforcer la garnison deToulon , qu’une trahison infâme venoit de livrer aux Anglais . Autant ceux-ci mettoientd’activité pour approvisionner cette place , dont les républicains préparoient déjà lesiégé, et qui ne pouvoit tirer aucuns vivres de terre , autant ils exerçoient d’injusticeset de violences pour empêcher que le moindre secours parvînt dans les ports français .Les Génois furent les premières victimes de la tyrannie britannique ; leurs vaisseauxfurent visités et leurs cargaisons confisquées , nonobstant leur titre de neutres , sirespecté jusqu’alors par les nations civilisées. Le petit port d’Oneille se remplit decorsaires qui interrompirent la navigation de Gênes à Nice , et les puissances alliéesmirent en exécution ce qu’elles avoient annoncé, que , dans une guerre d’une nature tout-a-fait nouvelle , elles se croyoient dispensées des égards que le droit public sanctionnoit enfaveur des neutres , et qu’elles ne souffriroient en Europe que des alliés ou des ennemis.
Pendant qu’à l’appui de ces principes les Anglais promenoient leurs flottes domina-trices dans la Méditerranée , plusieurs bâtiments français étoient retenus dans lesports et dans les golfes de l’état de Gênes . Ne pouvant mettre à la voile devant unennemi trop supérieur , ils croyoient du moins trouver une protection suffisante chez