QUATRE-VINGT-NEUVIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
PRISE DE LYON, LE 9 OCTOBRE i7 9 3;
17 VENDÉMIAIRE, AN DEUXIEME DE LA RÉPUBLIQUE.
La seconde cité de la France par son étendue et sa population , la première parles avantages de sa situation , par l’immensité de ses relations commerciales et lesrichesses de ses habitants , l’objet constant de la jalousie de toutes les puissancesétrangères qui lui prodiguoient leur or en échange de ses brillantes étoffes et desautres productions de ses manufactures ; cette ville qui , sous le régné de la liberté ,devoit étendre encore son industrie et parvenir au plus haut point de splendeur , asouffert un siégé long et terrible. Attaquée par le courage et défendue par le désespoir,les plus affreux malheurs se sont accumulés sur elle : les deux partis se sont combattusavec acharnement , au nom de la république -, et le sang français répandu tant de foiset des deux côtés par les armes , durant le siégé , a coulé à grands flots , après lavictoire , sur les ruines fumantes de Lyon .
L’histoire n’offre que fort peu d’exemples de villes révoltées contre leur patrie ,et assiégées par leurs propres concitoyens. Le fanatisme religieux avoit seul , jusqu’ànos jours , causé de ces grands déchirements dans le corps social. Barcelone résistalong-temps aux armes de Philippe V , parcequ’elle avoit des moines pour généraux.H étoit réservé à notre révolution de transporter dans les affaires politiques une ardeurqui n’avoit auparavant d’autres motifs que la religion : ces passions , adroitement misesen œuvre par les ennemis de la république , ont failli causer sa perte ; et Lyon estsans doute une des plus cheres victimes qu’elles se soient immolées.
Cette ville, au commencement de la révolution , avoit montré , comme toute laFrance , de l’attachement aux principes philosophiques que l’on proclamoit ; sanombreuse et brillante jeunesse , réunie en garde nationale , avoit plus d’une foisassuré la tranquillité de ses environs , et surpris les étrangers par l’aisance de sesmanœuvres et la sévérité de sa discipline. Les sentiments patriotiques se soutinrentchez les Lyonnais jusqu’à l’établissement de la première constitution , à la fin de1791 : ils n’avoient point encore éprouvé les orages inséparables des grandes révolutions.Mais quand le parti républicain se fut déclaré en guerre ouverte contre la cour ,et que celle-ci, pour prix de ses perfidies, eut été attaquée et renversée en unseul jour ÿ alors , dans beaucoup de villes , et à Lyon notamment, on commença àtrembler devant les secousses violentes qui restoient encore à éprouver. Les richesvirent avec mécontentement s’établir un ordre de choses dont le premier résultat devoitêtre une grande égalité entre les citoyens. Les pauvres , au contraire , ne virent qu’avec
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