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Tome second.
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358 TABLEAUX HISTORIQUES

transport un régime qui devoit les tirer de la dépendance et de labaissement onles tenoit. Loin de borner leurs désirs à une égalité de droits, la seule quils pussentespérer , ils crurent voir confusément quun jour les richesses changeroient depossesseurs : sans se rendre compte du plus ou moins de légitimité de ces mutations ,ils se livrèrent aveuglément à ces idées séduisantes ; et cest- sans doute une desprincipales causes de la facilité que les agitateurs du peuple trouveront toujours àlégarer : ce nest que quand il sera bien convaincu que les lois sont immuables , quilne sarmera plus contre elles.

Mais ces sentiments opposés qui germoient dans les deux classes de la société , nepouvoient pas manquer de se tourner bientôt en animosité , et de produire de funesteseffets. La ville de Lyon recelait, pour son malheur, un homme violent, chassé de sapatrie pour ses crimes , et qui , dévoré dambition , navoit plus despoir de paroîtresur la scene du monde quen intervertissant les principes qui avoient fait obtenirjusques- les grands emplois. Châlier , étoit pour les Lyonnais ce que Marat étoit àParis ; ses discours sur les places publiques , au tribunal de district il siégeoit,et à la société populaire , respiroient toujours les dogmes chéris de son patron,le pillage , le massacre , le partage des propriétés. Plus dangereux que Marat ,parcequavec les mêmes principes il avoit de plus une ame forte qui ne seffrayoit pointdes dangers , il devint bientôt lidole de la populace lyonnaise . Ce fut dans une desassemblées que ce parti sanguinaire tenoit au Club central , que Châlier , un poignardà la main , ayant exigé le secret de tous les assistants , leur communiqua le projet quiloccupoit alors. Il falloit , dès le lendemain , placer une guillotine sur le pont Morand ,d il seroit facile de précipiter les cadavres dans le Rhône , et , puisque le momentdes vengeances du peuple étoit arrivé , népargner aucun de ses ennemis. Une commissionpopulaire, formée sur le modèle de celles du a septembre , devoit être chargée de cemassacre. Lhorreur quinspira ce projet à lun des conjurés fut cause du salut dela ville.

Cependant les Lyonnais, indignés de laudace des conspirateurs et des violences quilscommettoient chaque jour , se portent en foule au Club central , en brisent lesmeubles , dispersent tous les membres, et leur ôtent les moyens et lespoir de serassembler.

Lanimosité des deux partis devoit bientôt perdre toute retenue. Létat alarmantde Lyon ayant engagé la convention à y envoyer des commissaires pris dans son

sein , ces députés ne firent quaccroître laudace des Montagnards , quils avoient

favorisés comme les plus républicains. Bientôt parut une proclamation des autoritésréunies , qui ordonnoit la levée dune armée révolutionnaire de six mille hommes , etdune contribution de guerre de plusieurs millions. Cette levée tout - à - fait illégale ,fournit les prétextes de mille vexations contre les citoyens riches , que lon imposasouvent à des sommes exorbitantes, et que le moindre retard dans le paiement faisoitprécipiter dans les caves de la maison commune. Tant dexcès produisirent à la finla funeste explosion du 27 mai. On vit, dans cette journée , la municipalité, entouréede soldats et de canons , attaquée par trois colonnes de ses concitoyens , dont la haine

sétoit portée au plus haut degré dans les assemblées des sections ils se réunissoient

depuis quelque temps. Nombre de victimes tombèrent de chaque côté par le sort desarmes et par les fureurs de la victoire. Elle étoit demeurée au parti sectionnaire :celui-ci ne se vit pas plutôt maître de la ville, quil destitua et incarcéra les officiersmunicipaux , les juges , tous ceux enfin quil soupçonna de lui avoir été contraires-Châlier et un de ses collègues furent livrés à un tribunal composé par le partiinsurrectionnaire ; ils expièrent bientôt par la mort leurs crimes dont on ne doutoitpoint : mais la passion cruelle que lon déploya dans leur jugement et dans leur