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Tome second.
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DE LA RÉVOLUTION. 363

Charlotte Corday . Mainvielle , Lacaze , Figée , Boileau , accusés de même de faitsabsurdes et qui furent victorieusement démentis , périrent , comme leurs malheureuxcollègues , pour avoir cru quune république devoit être fondée par la puissance desmœurs et par lattrait de la vertu , plutôt que par la violence , pour avoir opposéun courage inflexible à la tyrannie qui menaçoit de se déborder sur la France .

Suivrons-nous dans ces détails cette procédure , si lon peut donner ce nom à uneviolation continuelle des formes , et des droits des accusés ? Ferons-nous partagerlhorreur que nous ont inspirée ces débats , qui durèrent autant quil le falloit pourentendre les témoins à charge , mais qui trouvèrent la conscience des jurés assezéclairée , aussitôt que les accusés , leurs défenseurs , ou les témoins à décharge,voulurent user de la parole ( i ) ? Rendons grâce à la forme de notre ouvrage quinous interdit de trop longs détails et , puisque nous ne devons offrir que destableaux , essayons den peindre un des plus touchants dont lhistoire puisse garderle souvenir.

A peine le mot fatal de mort est-il prononcé , que Brissot laisse tomber ses bras ,sa tête se penche subitement sur sa poitrine ; Gensonné demande la parole surlapplication de la loi ; Boileau leve en lair son chapeau, en criant, Je suis innocent.Tous les accusés se lèvent à-la-fois, en disant au peuple : On vous trompe ; nous sommesinnocents ; vive la république ! ils lui jettent en même temps des poignées dassignats.Falazé tire de sa poitrine un stilet, et se lenfonce dans le cœur. Sillery laisse tomberses deux béquilles , et sécrie , le visage plein de joie et se frottant les mains : Ce jourest le plus beau de ma vie. Boyer- Fonfrede se retourne vers Ducos , lentrelaçant de sesbras : Mon ami , cest moi qui te donne la mort ! Son visage étoit baigné de larmes.Fauchet , Duprat , abattus , contrastoient avec le courage de Lasource , avec la duretéde la physionomie de Carra , et avec lair dennui et de fatigue de Fergniaud , à lavue dun si déchirant spectacle.

Écoutons lauteur des Mémoires dun détenu , dont la plume éloquente a tracé lafin de ces illustres victimes , avec lesquelles il avoit été renfermé à la conciergerie : « Lesignal quils nous avoient promis nous fut donné ; ce furent des chants patriotiquesqui éclatèrent simultanément , et toutes leurs voix se mêlèrent pour adresser lesderniers hymnes à la liberté. Ils parodioient la chanson des Marseillais de cette sorte :

Contre nous de la tyrannieLe couteau sanglant est levé , etc.

« Toute cette nuit affreuse retentit de leurs chants ; et sils les interrompoient,eétoit pour sentretenir de leur patrie, ou pour entendre une saillie de Ducos ( 2 ).

« Cest la première fois quon a massacré en masse tant dhommes extraordinaires.Jeunesse , talents , génie , vertus, tout ce quil y a dintéressant parmi les hommesfut englouti dun seul coup. ...

« Nous marchions à grands pas , lame triomphante de voir quune belle mort ne

( x ) Un décret du 8 brumaire ( la veille de leur condamnation ) permit aux jurés de clorre lesdébats, aussitôt quils trouveraient leur conscience assez éclairée.»..

La seule fois que Vergniaud put parler , il dit ces belles paroles que lamitié et ladmiration ontrecueillies : « Le torrent révolutionnaire peut memporter. Eh ! qui suis-je pour me plaindre , quanddes milliers de Français meurent aux frontières et dans les combats pour la défense de la patrie ! Ontuera mon corps, mais on ne tuera pas ma mémoire ; on ne tuera pas le bien que jai fait. ...»

(2) Cet aimable jeune homme 11e perdit pas même au pied de léchafaud son inaltérable gaieté :il dit à Fonfrede dans cet instant fatal : Il ny a plus quun moyen de nous sauver ; cest de demandera la convention le décret de l'unité et lindivisibilité des têtes.