DE LA RÉVOLUTION. 36 7
se trouvent entre ces deux hommes célébrés qui seuls ont été jugés dignes des mêmeshonneurs.
l 'Histoire de VAstronomie indienne et orientale , un grand ouvrage sur YOrigine desjables et des religions anciennes , un Rapport excellent à l’académie des sciences sur lemagnétisme animal , un autre Rapport sur un nouvel Hôtel-Dieu , précieux par lesvues de physique et par les sentiments d’humanité dont il est rempli ; tels sont lestitres nombreux et incontestables que Bailly s’étoit acquis à l’estime et à l’admiration ,lorsque la révolution de 1789 , en renversant avec impétuosité une foule d’antiquespréjugés , prépara la ruine momentanée des premiers principes de la morale et dubon ordre , et fit ensuite ses victimes de ses plus illustres défenseurs.
Bailly , qu’un auteur a nommé l 'homme de la révolution le plus heureux en honneurs ,fut choisi par les électeurs de Paris , le 26 avril 1789 , pour tenir la plume. Il fut élubientôt après député de cette ville aux états-généraux ; et le tiers-état le nomma sonprésident dès qu’il fut rassemblé à Versailles , le 5 mai. Le 17 juin il fut continuépar les communes dans cette dignité •, et ce fut lui qui , le 20 , conduisit l’assembléeau jeu de paume, où elle prêta ce serment fameux qui garantit le salut de la France .
Nous n’entrerons pas dans d’autres détails sur la part active que prit Bailly auxpremiers et nombreux évènements de notre glorieuse révolution : cet ouvrage en aconsacré le souvenir. Et si nous reportions notre pensée sur cette époque de gloireet de bonheur , si nous nous retracions ces tableaux intéressants qui présentoient unsi grand nombre de belles actions , de sacrifices généreux , notre esprit s’échaufferoitinvolontairement à la vue de ces grands spectacles , et nous ne pourrions prendre laplume que pour peindre le contraste honteux qu’a présenté l’époque révolutionnaireavec celle de 1789: nous dévoilerions la lâche hypocrisie, le froid égoïsme, qui nontaimé de la révolution que le profit , les honneurs , et qui ont rejetté toute espèce desacrifices : nous convaincrions l’ignorance de la folie de ses vœux , et elle prieroit lesdieux de ne pas les exaucer : nous trouverions enfin de magnifiques espérances àoffrir à tous les gens sensés et honnêtes , à tous les amis de l’ordre , du bonheur
public et de la liberté.Mais déjà ces peintures pleines de charmes commencent à se
réaliser.... Remplissons la partie la plus pénible de la tâche que nous nous sommesimposée aujourd’hui.
Bailly , élu maire de Paris le 15 juillet , avoit porté dans cette place l’intégritéet l’aménité de caractère qui l’avoient distingué jusques-là. Ces qualités , précieusesdans la vie privée , et même dans les magistratures des temps ordinaires , n’étoient passuffisantes pour supporter un poids tel que la mairie de Paris , à une époque oùcette autorité , étant la seule régulière , étoit chargée de remédier à tout le désordrequi régnoit dans le reste de l’administration. Il est même à croire que la douceur deBailly ne fit qu’enhardir les factieux, qui se présentent toujours dans les révolutions ,e t prépara , quoique de bien loin , les jours de la tyrannie populaire. Bailly avoitpartagé sans doute avec plusieurs autres philosophes patriotes l’opinion que la républiquene devoit être que le résultat de la propagation des lumières parmi le peuple , de laformation d’un véritable esprit public , et d’une épreuve plus ou moins longue durégime de la liberté. Mais le jour qu’il voulut réprimer l’esprit de démocratie quieommençoit à paroître ( et sa place l’y obligeoit ) , il n’étoit déjà plus temps ; et lamalheureuse journée du Champ de Mars ne fit qu’attirer sur ses auteurs la haineirréconciliable des républicains.
Bailly quitta la mairie le 16 novembre 1791 ; et depuis ce temps il ne s’occupaqu’à vivre en homme privé , et à rédiger des mémoires sur la révolution. Il voyageapendant l’année 1792 et une partie de i 7 g3 ; et, malgré les réclamations qui s’élevoientcontre lui , il refusa toujours de quitter la France .